émission du 18/12/06
 
1952/1953
 
Compositeur
Oeuvre
Disque
Durée
Scelsi
Hyxos
 
Générique
Stockhausen
Klavierstück
Stockhausen, Cd1, 1 à 4
8’11
Xenakis
Zyia
Xenakis, Dusapin, 5
11’
Messiaen
Ile de feu II
1950, 4
4’47
Pierre Henry
Microphone bien tempéré
Henry, 1 à 7
21’20
Scelsi
Suite n°8 pour piano
Scelsi, 10 à 15
29’51
 
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Pierre Henry, Olivier Messiaen, Scelsi, Stockhausen et Xenakis
Bonjour,
J’avais envie en cette fin d’année, en cette veille de fêtes, de revenir un peu plus de 50 ans en arrière, au tout début des années 50, au moment où les grands noms de la musique contemporaine, les Boulez, Xenakis, Cage, Feldman… commençaient tout juste à se faire connaître. J’ai donc exploré ma discothèque et en ai ramené quelques oeuvres écrites ou créées en 1952 ou 1953.
Schönberg, le dernier des trois grands de la seconde école de Vienne, vient tout juste de mourir, et Boulez lui consacre un texte, publié d’abord en anglais, très caractéristique de la manière aussi acide qu’analytique de ce compositeur qui a beaucoup écrit. On y trouve des jugements à l’emporte-pièce définitifs, irritants, d’autant plus irritants qu’ils sont plus définitifs à coté d’analyses dont la subtilité et la pertinence surprennent toujours autant. On y apprend, par exemple, que Schönberg y est “dépassé par sa découverte”, remarque qui introduit une analyse absolument passionnante sur les limites des séries de Schönberg : “la série intervient chez Schönberg, écrit Boulez, comme une plus petit commun dénominateur pour assurer l’univers sémantique de l’oeuvre, mais les éléments du langage ainsi obtenus sont organisés par une rhétorique préexistante, non sérielle.” C’est dans ce même texte que l’on trouve un peu plus loin cette jolie et très délicieusement provocante formule : “après la découverte des Viennois, tout compositeur est inutile en dehors des recherches sérielles.”1 Le mot “inutile” est comme on le devine souligné. Mais laissons là ces travaux d’écriture pour revenir à la musique.
Alors même que Boulez donne à publier ce texte, Stockhausen écrit les premières de ses Klavierstück pièces pour piano dont je vous propose d’écouter tout de suite quelques extraits de sa deuxième série dédiés à la pianiste Marcelle Mercenier, pièces que nous allons entendre dans une belle interprétation d’Herbert Henck.
Klavierstück
C’est une musique qui n’a pas pris une ride. D’une puissance et d’une force rarement égalée depuis. Je le dis et j’insiste parce que cette musique sérielle qui n’a rien perdu de sa force révolutionnaire, a fait l’objet de tant de critiques qu’il convient constamment de la réhabiliter, de rappeler ce qu’elle a apporté au monde musical et combien elle est plus puissante, plus intéressante que bien des compositions plus récentes, plus faciles mais aussi moins prenantes.
Dès ses premières oeuvres, Stockhausen est apparu comme un musicien de tout premier plan, un de ceux avec lesquels il faudrait compter. Et l’on devine, on écoutant cette pièce, qu’il a déjà la pleine maîtrise et de ses techniques et de ses ambitions. Il sait ce qu’il veut faire, il s’est détaché de toute influence. Ce qui n’est pas le cas de Xenakis qui est, encore, ces années là, tout imprégné de Bartok, ce qui ne l’empêche pas, d’ailleurs, de composer des oeuvres très séduisantes comme ce Zhia pour flûte, piano et soprano qui n’est pas sans rappeler la musique des gitans que Xenakis a pu entendre dans sa jeunesse en Roumanie. Quoique grec, Xenakis a, en effet, été élevé en Roumanie. On est avec cette pièce que je vous propose d’écouter dans l’interprétation qu’en donne la soprano Françoise Kubler, accompagnée de Cécile Daroux à la flûte et de Dimitri Valissiakis au piano, très loin de l’atmosphère néo-sérielle des pièces de Stockhausen.
Zyia
Lorsqu’il a écrit Zyia, Xenakis était élève au Conservatoire de Messiaen et cette pièce est l’un des rares exemples des travaux des élèves du grand compositeur française qui était, ces années là, très actif et commençait à composer son catalogue d’oiseaux dont la première pièce, Le merle noir, date de 1952. Mais le jeune Xenakis connaissait sans doute mieux les quatre études pour rythmes que Messiaen avait donné pour la première fois à l’Alliance française à Tunis. Voici la dernière de ces quatre études : Ile de feu II interprétée au piano par Paolo Wolfango Cremonte.
Ile de feu II
En même temps qu’il écrivait cette musique vigoureuse, tonique, pleine de sève et de vie, aussi savante qu’agréable à écouter, Olivier Messiaen s’essayait à la musique concrète avec Timbres-durée alors même que les pères de la musique concrète, Pierre Schaeffer, Pierre Henry qui avait été son élève, multipliaient les productions qui, dans le cas au moins du second, avaient l’ambition d’être des oeuvres musicales au sens plein.
C’est dans cette période de ses débuts que la musique concrète a sans doute donné, sinon le meilleur d’elle-même, du moins le plus émouvant. Les pièces écrites, composées au début des années 50 ont toutes quelque chose de particulièrement émouvant. On y devine lorsqu’on les écoute l’étonnement des compositeurs, leur fascination pour tout un univers sonore qu’ils ne découvraient pas mais qu’ils inventaient, comme en témoigne mieux que d’autres sans doute ce Microphone bien tempéré qui reprend plusieurs compositions antérieures et qui est comme une sorte de prise de respiration du compositeur avant qu’il ne se lance dans de nouvelles expérimentations.
Microphone bien tempéré
Tous les compositeurs dont j’ai jusqu’à présent parlé ont été très tôt connus des mélomanes et des amateurs de musique contemporaine. Ce n’a pas été le cas de Scelsi qui a plutôt été découvert après sa mort mais qui était, lui aussi, très actif dans les années 50. Et puisque la plupart des oeuvres que nous avons entendues aujourd’hui ont été écrites en 1952, je vous propose d’écouter sa huitième suite pour piano qui date de cette année là. Dans cette pièce qui évoque le Tibet, ses monastères et ses montagnes et qui est bien dans l’esprit d’un compositeur qui a été toute sa vie durant fasciné par l’Orient, le piano est traité de manière très originale, comme un instrument de percussion, avec des sons qui rappellent les cloches, d’autres les tambours, d’autres encore le choc de lamelles métalliques dans le vent.
Voici donc cette huitième suite pour piano interprétée par Bernhard Wanmbach.
Suite n°8 pour piano
 
 
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1 Schönberg is dead, The Score, 1952