émission du 03/10/05
Jean-François Cavro
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Compositeur |
Oeuvre |
Disque |
Durée |
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Scelsi |
Hyxos |
générique |
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Cavro |
Pékin |
Pékin, 1 |
7’ |
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Cavro |
Lyon, décembre 1995 |
Portraits sonores urbains, 2 |
2’45 |
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Cavro |
Montévideo |
Portraits sonores urbains, 3 |
5’43 |
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Cavro |
Kyoto |
Portraits sonores, 4 |
4’04 |
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Cavro |
Benares |
Portraits sonores, 5 |
11’45 |
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Cavro |
Lyon |
Oeuvres instrumentales, 19 |
46” |
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Cavro |
Lac génin |
Oeuvres instrumentales, 10 |
22” |
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Cavro |
Garde-toi une marge d’indéfini |
Oeuvres instrumentales, 2,3,4 |
14’06 |
Pour écouter cette émission
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Jean-François Cavro
Bonjour, je voudrais aujourd’hui vous présenter les oeuvres d’un compositeur, Jean-François Cavro, que nous avons déjà entendu ici à plusieurs reprises et qui appartient à ce que l’on pourrait appeler l’école lyonnaise de la musique contemporaine. Né en 1963, ce qui lui fait un peu plus de quarante ans, formé au Conservatoire de Lyon, ville dans laquelle il vit toujours, il a travaillé avec le Grame, le centre de création de musique contemporaine qu’y anime Pierre-Alain Jaffrennou, et notamment avec son violoncelliste en résidence Benjamin Carat.
Rappeler que Cavro est lyonnais ne veut certainement pas dire qu’il est provincial. C’est tout le contraire. Il voyage, beaucoup, partout dans le monde et s’est donné comme projet de faire des portraits, je devrais plutôt dire des paysages de villes. Il a ainsi réalisé des paysages de villes indiennes, de Pékin. Et c’est avec un extrait de l’oeuvre qu’il a consacrée il y a tout juste un an à Pékin, oeuvre au beau titre : “Pekin… loin… à la surface du silence” que je vous propose de commencer l’exploration de l’univers sonore de Jean-François Cavro.
Pékin…
On trouve dans cette oeuvre des bruits de la ville, des voix, des paroles que nous ne comprenons pas, des musiques populaires, des comptines, de la vie, c’est une ville qui vit. Une ville calme, étrangère à elle-même, comme souvent chez Jean-François Cavro qui pose son microphone dans des endroits insolites, là où le voyageur n’irait pas forcément poser le sien.
Ces paysages sont très personnels. Mais ils retiennent en même temps, et c’est assez troublant, quelque chose du climat de ces villes, de leur atmosphère, au sens de la météorologie, avec la moiteur de l’une, la fraîcheur de l’autre. Est-ce parce que j’ai vécu en Asie? j’ai en écoutant ces musiques le sentiment d’entendre les heures, le petit matin qui ne sonne pas comme l’heure du déjeuner ni comme la soirée ou la nuit et moins encore comme les heures de chez nous.
Le paysage sonore que nous allons maintenant entendre ne trompe pas. On est en France et l’on peut dater l’événement et raconter la situation : une manifestation.
Lyon - décembre 1995
On pourrait naturellement reprocher à ce type de musique d’être anecdotique, de frôler le reportage radiophonique ou l’archive sonore. Cette critique tombe lorsque cette musique s’éloigne de notre environnement sonore quotidien, comme dans cette pièce plus ambiguë intitulée Montevidéo qui date de 2001. On y reconnaît des sons que l’on peut identifier et auxquels on peut donner une signification, mais ils sont pris dans une organisation qui en fait des objets musicaux et nous oblige à les écouter autrement que comme un reportage exotique, même si la voix est très présente.
Montevidéo 2001
Cette dimension musicale est d’autant plus sensible que le paysage sonore est plus éloigné de notre quotidien, de nos expériences. Comme dans Kyoto, une pièce qui date de 1997 où les voix japonaises prennent une dimension musicale, on les entend comme de la musique.
Kyoto
Cette dimension musicale est plus nette encore dans Benares, une pièce qui date de 2003 qui commence avec des bruits que l’on n’identifie pas spontanément, ce qui nous aide d’ailleurs à entendre la suite comme une oeuvre musicale.
Benares
Aussi différent soit-il de ce que l’on entend d’ordinaire dans les concerts de musique contemporaine soit-il, le travail de Jean-François Cavro me paraît une illustration parfaite de la transformation profonde qu’a vécu le monde musical ces trente dernières années.
La musique que l’on compose aujourd’hui a souvent mis de coté les instruments traditionnels et la salle de concert. Cavro se comporte en reporter, il va en ville, il prend du son, il l’emprunte ou le vole, un peu comme Luc Ferrari qui documentait ses voyages ou, de manière peut-être plus juste, comme ces peintres impressionnistes qui allaient sur le paysage. Ce type d’expérience musicale suppose la maîtrise du magnétophone mais aussi, puisqu’il s’agit de tout sauf de document brut, de la construction musicale et de l’élaboration d’une structure qui se déplace dans le temps.
Je citais à l’instant Luc Ferrari, mais il faut également ajouter aussitôt John Cage. Cavro est de ceux qui ont compris la leçon du compositeur américain qui nous a appris à écouter les sons, à entendre de la musique là où l’on n’entend d’habitude que du bruit.
Cette capacité d’écoute est tout particulièrement sollicitée dans ses instantanés sonores qui évoquent ces photos que l’on prend avec un dispositif de retardement qui permet au photographe de se glisser devant l’objectif. En voici un premier :
Lyon, 14/07/1998
En voici un second qui évoque ces carnets de croquis que remplissent les peintres et qu’ils utilisent ensuite dans leurs compositions plus ambitieuses :
Lac Jénin, 28/02/2000
A entendre ces oeuvres très courtes, je me demande si on les écoute comme on écoute les oeuvres plus longues. J’ai le sentiment, mais peut-être n’est-ce qu’une illusion, que la durée modifie profondément la perception qu’on en a. La dimension proprement musicale, cette capacité que nous avons à appeler musique ces séries de sons que nous construisons à l’aide de notre mémoire, auxquelles nous donnons, non pas sens, mais allure harmonique, je veux dire structure, architecture avec des renvois, des parallélismes, des régressions, des symétries, avec toutes ces formes dont nous habillons la musique, qui fait notre écoute musicale, j’ai l’impression, disai-je, que cette musicalité est plus apparente dans les pièces les plus longues, celles dont la longueur même épuise notre curiosité et le plaisir de la reconnaissance.
C’est une question qu’amènent à se poser les oeuvres les plus audacieuses de Jean-François Cavro mais que l’on ne se pose certainement pas lorsque l’on écoute celles qu’il a écrites pour salles de concert et pour des instruments traditionnels. Je pense, notamment, à cette pièce : Garde-toi une marge d’indéfini pour violoncelle et dispositif électronique que nous allons entendre dans l’interprétation qu’en donne Benjamin Carat.
Garde-toi une marge d’indéfini…
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