émission du 30/01/06
Jérôme Combier
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Compositeur |
Oeuvre |
Disque |
Durée |
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Scelsi |
Hyxos |
générique |
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Jérôme Combier |
Fragment du froid |
10 |
4’33 |
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Jérôme Combier |
Ishhi |
9 |
5’04 |
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Jérôme Combier |
Cordelia des nuées |
7 |
5’43 |
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Jérôme Combier |
Voix d’ombres |
11 |
7’53 |
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Jérôme Combier |
Kogarashi |
8 |
8’13 |
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Jérôme Combier |
Petite obscurité |
6 |
7’33 |
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Jérôme Combier |
Pays de vent |
1 à 5 |
10’42 |
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Jerôme Combier
Bonjour,
Je vous propose de passer cette heure ensemble avec un jeune compositeur, Jérôme Combier, dont Motus vient de publier un disque que je vous recommande vivement, comme je vous recommande d’ailleurs à peu près tous ceux de cet éditeur qui a publié Dufour, Malec, Lejeune… Comme tous les disque de Motus, celui-ci est accompagné de pages et de pages de commentaires, ce qui est plus qu’agréable.
Jérôme Combier est tout jeune. Il est né en 1971, celui qui lui fait à peine 35 ans. Sa biographie est celle d’un brillant sujet. Elève de Michaël Levinas et d’Emmanuel Nunes, auteur d’une thèse sur Webern, lauréat de la Fondation Bleustein-Blanchet, il a étudié avec Brian Ferneybourough, ce qui est une référence, et beaucoup voyagé. Il est allé au Japon, au Kazakhstan, ce qui n’est pas banal. Il est très actif sur la scène musicale, puisqu’il est l’un des fondateurs et l’un des animateurs du groupe Cairns qui se démène beaucoup pour faire connaître la musique d’aujourd’hui.
Mais venons-en à sa musique. On trouve sur ce disque 8 pièces qui témoignent d’un tempérament original. Jérôme Combier utilise des instruments que l’on rencontre souvent dans la musique contemporaine, la flûte, la clarinette, le violoncelle, l’électronique… mais il les traite d’une manière que je qualifierais de minimaliste si le mot n’était pas utilisé dans un tout autre sens. Par là, je veux dire qu’il n’insiste pas sur leurs qualités sonores, qu’il ne les fait pas briller. Du coup, l’auditeur est plus attentif à l’écriture, à la forme sophistiquée et complexe. Il y a quelque chose d’abstrait dans cette musique qui me rappelle les peintures d’Albers ou les travaux du Bauhaus. Pas de fioritures, pas de décor, la forme se suffit à elle-même.
Pour illustrer ce que je veux dire, je vous propose d’écouter le plus ancien des morceaux enregistrés sur ce disque, Fragment du froid, une pièce de 1998, modifiée en 2003, pour violon et piano. Si le piano sonne à l’occasion comme dans certaines pièces de Webern, le violon est tendu à l’extrême comme si le compositeur avait voulu nous faire entendre les cordes, comme s’il avait voulu nous rappeler qu’un instrument de musique, c’est aussi un objet de physique.
Cette pièce courte est, nous dit le compositeur, inspirée d’un texte de Paul Auster et évoque le froid rencontré lors d’un voyage à Nex-York en 1998. Il y a quelque chose d’ascétique dans cette pièce courte que nous allons ici écouter interprétée par deux membres du groupe Cairns, Benjamin Fabre au violon et Caroline Cren au piano.
Fragment du froid.
Je disais qu’un petit livre accompagne ce disque. Il est illustré de nombreuses photographies sombres, qui représentent des pierres, de l’eau, des objets naturels. Les textes insistent sur cette dimension minérale tout comme, d’ailleurs, les titres. Ishi, que nous allons entendre dans quelques instants, veut dire pierre en japonais. Cette pièce, comme la plupart de celles que nous allons entendre aujourd’hui, est interprétée par des musiciens de l’ ensemble Cairn qui a choisi comme logo un tas de pierre. Cairn est le nom que l’on donne à ces amas de pierre que l’on trouve en montagne et qui servent à orienter le promeneur.
Il y a dans cette musique quelque chose de désolé, même lorsqu’elle chante, qui peut effectivement évoquer un paysage de pierres. Un paysage proche de ces jardins zen que l’on voit au Japon, que l’on découvre à Kyoto, étrangement silencieux alors qu’ils sont immergés dans la ville, le silence n’étant légèrement dérangé que par le bruit du râteau sur le sable d’un moine occupé à les maintenir immobiles, inchangés.
Ishi fait appel à une flûte japonaise, un shakuhachi que Combier a mêlé à un piano. Les deux instruments ont des timbres et des registres très différents, mais il les utilise de telle manière que ces différences s’effacent, s’évanouissent dans une sorte de neutralité qui n’est pas sans rappeler cette fadeur qui était, pour Roland Barthes, le signe du Japon. Le piano devient instrument de percussion, que l’on reconnaît à peine au début alors que la flûte se révèle pour ce qu’elle est aux yeux de l’acousticien : un instrument conçu pour agiter l’air. Voici donc Ishi, interprété par Rees Archibald au shakuhachi et le compositeur au piano.
Ishi
On retrouve dans Cordelia des nuées, une pièce qui date de 2003, une flûte, utilisée ici encore a minima, au plus près du souffle dans ce qui évoque, pour qui n’a pas lu le commentaire du compositeur, une sorte d’improvisation méditative. Il y a, dans cette pièce, qui a, parait-il, été écrite pour préparer une musique de scène du roi Lear, quelque chose d’intime, d’intérieur. L’interprète donne le sentiment de jouer pour lui-même, pour son oreille intérieure, comme s’il voulait aller du plus prosaïque, du plus physique, le souffle, vers la musique. On entend, en effet, quelques instants, vers la fin du morceau, des notes avant que le souffle, le corps puis le silence ne reprennent possession de tout l’espace. C’est une belle pièce que je vous propose d’écouter dans l’interprétation de Jérémie Fèvre, flûtiste de l’ensemble Cairn.
Cordelia des Nuées
On retrouve un instrument à vent dans Voix d’ombre, pièce qui date elle aussi de 2003, pour clarinette et violoncelle. Comme dans toutes les pièces que nous avons jusqu’à présent écoutées, Jérôme Combier ne cherche pas à faire sonner ses deux instruments. Il y a dans cette pièce plus qu’ailleurs peut-être quelque chose d’un peu dépressif, c’est une longue plainte dans un paysage de landes froides. Encore une fois, les deux instruments, loin de s’opposer, semblent se frotter l’un à l’autre dans une sorte de promiscuité gelée. A son propos, Jérôme Combier écrit : “ Rien ne se hausse au dessus de rien. Des éléments qui constituent les idées musicales aucun ne s’élève au dessus de l’autre. Il semble que les choses vont leur cours sans qu’aucun cheminement se dessine, et qu’il importe peu même qu’on cherche à les suivre ou non. ” “ Voix d’ombre , conclut-il, ne semble laisser aucune trace, ne rien démontrer, abandonnant celui qui l’écoute dans une pénombre interrogative, suspendue. ”
Ce n’est pas une pièce gaie que ces Voix d’ombre qu’interprètent ici Mathieu Fèvre à la clarinette et Marion Martineau au violoncelle.
Voix d’ombres
On retrouve le froid, le souffle, l’air froid, dans Kogarashi, un mot japonais qui veut dire vent d’hiver, que Jérôme Combier a composé pour guitare et électronique. On y retrouve également le roi Lear. Cette pièce porte comme sous-titre, Le premier soupir des fantômes. On y reconnaîtra l’économie de moyens et cette capacité à faire sonner les instruments sans la moindre fioriture qui est décidément la marque de ce jeune compositeur.
Kogarashi est interprété par Christelle Séry à la guitare et Jean Lochard à l’informatique.
Kogarashi
Nous n’avons jusqu’à présent entendu des pièces que pour des groupes limités à deux instrumentistes. Jérôme Combier a également composé pour des formations plus importantes. Nous terminerons l’émission avec un extrait de Pays de vent qu’il a composé pour orchestre. Mais j’aimerais qu’avant on écoute une pièce qui date de 2000 pour flûte, clarinette, guitare, alto et violoncelle, soit, à une exception près tous les instruments que nous avons jusqu’à présent entendus : Petite obscurité, une oeuvre dont Jérôme Combier dit qu’il l’a composée à partir de l’Offrande musicale de Jean-Sébastien Bach, avant d’ajouter, ce qui rassurer ceux qui ne reconnaîtraient pas immédiatement Bach dans ce que nous allons entendre : “ Le modèle n’apparaît jamais ostensiblement, mais toujours de manière voilée, cryptée, déformée, comme une charpente invisible .” Jolie définition d’ailleurs que celle de charpente invisible. Pour ceux qui voudraient plus de détail musicologique sur cette pièce, je renvoie aux textes du compositeur et à ceux d’Eric Denut que l’on trouve dans le petit livre qui accompagne ce disque.
Voici donc Petite obscurité interprétée par l’Ensemble Cairn
Petite obscurité
Pour terminer ce numéro de Dissonances consacré à Jérôme Combier, je vous propose d’écouter une oeuvre pour orchestre de 2003, plus ample que toutes celles que nous avons jusqu’à présent écoutées mais très proche quant au style et à l’écriture même s’il me semble que la dépression minérale qui faisait la force de ce que nous avons jusqu’à présent entendu, se dilue un peu dans ces Pays de vent que je vous propose d’écouter dans l’interprétation de l’Orchestre National de France sous la direction de Pascal Rophé.
Pays de vent
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