émission du 14/11/05

George Crumb

Compositeur

Oeuvre

Disque

Durée

Scelsi

Hyxos

 

générique

Crumb

Sonate

E.Bertrand, 13 à 15

11’48

Crumb

Ancient voices of children

G.Crumb, de 3 à 9

24’31

Crumb

Gnomic variations

G.Crumb, 1

19’21

Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de George Crumb

Bonjour,

J’ai ces dernières semaines fait, dans Dissonances, la part belle aux musiciens de ce que l’on appelle l’école minimaliste, Tom Johnson, Eliane Radigue qui s’est, on le sait, surtout développée aux Etats-Unis même si les deux compositeurs que je viens de citer vivent à Paris. Je voudrais aujourd’hui poursuivre cette exploration du continent musical américain avec un compositeur qui s’inscrit dans une tradition toute différente : George Crumb.

Né en 1929, à Charleston, dans une famille de musiciens, il a étudié aux Etats-Unis et en Allemagne, à Berlin, auprès de Boris Blacher qui lui a enseigné les techniques de l’école viennoise, technique qu’il a vite abandonnée au profit d’un style personnel. Peut-être, d’ailleurs, sous l’influence de ce professeur peu conventionnel, né en Chine, formé en Sibérie, dans l’URSS des années 20 et chassé du monde musical allemand par les nazis. Compositeur très au fait des techniques sérielles qu’il a pratiquées mais que l’on connaît surtout pour des pièces plus traditionnelles, notamment des variations sur un thème de Paganini. Blacher n’était pas un intégriste. Et cela s’entend dans les premières oeuvres de son élève Crumb, et notamment dans cette première sonate pour violoncelle qu’il a écrite en 1955, il avait alors 26 ans, il sortait tout juste d’une année de cours à Berlin, alors que le sérialisme à la Boulez ou à la Stockhausen dominait la scène musicale.

Voici donc cette sonate pour violoncelle que je vous propose d’entendre interprétée par Emmanuelle Bertrand et dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’agit pas d’une oeuvre d’épigone.

Sonate

Dans les années 60, Crumb s’est surtout consacré à la musique vocale. Ses biographes assurent que cela tient, pour beaucoup, à sa découverte de l’oeuvre du poète espagnol Federico Garcia Lorca. Il a consacré tout un cycle à ce poète, avec plusieurs oeuvres vocales, dont la plus réputée, celle qui a,en fait, fait connaître Crumb, est la dernière de cycle, écrite en 1970 : Ancient Voices of Children.  C’est une pièce subtile, complexe qui montre une maîtrise tout à fait remarquable de l’art vocal. On y retrouve naturellement beaucoup de traits propres au traitement de la voix dans la musique contemporaine, mais on y retrouve également quelque chose de particulier, de propre à Crumb : une espèce de profondeur, de volume, on a l’impression que la voix se déplace dans une sorte d’espace virtuel. Cette impression tient à la grande variété des registres, du virtuose à l’intime, des vocalises au chuchotement qui crée chez l’auditeur une sorte d’hésitation, d’incertitude sur ce qu’il entend, mais aussi aux techniques utilisées. La cantatrice chante, par moments, au travers d’une caisse de résonance d’un piano amplifiée. Il y a dans cette pièces deux voix, celle d’une soprano et celle d’un jeune garçon qui reste, tout au long de la pièce, sinon vers la fin, caché à l’arrière scène.

Je disais à l’instant que cette pièce est basée sur des poèmes de Lorca que les franquistes ont assassiné en 1936. On sait combien cette poésie pouvait être brutale, primitive, proche de cette terre d’Espagne meurtrie par la guerre civile, la pauvreté et la sécheresse. Et l’on retrouve cela dans cette pièce qui s’achève, de manière étrange, sur un chant qui n’est pas sans rappeler ce que pouvait écrire à la même époque cet autre grand spécialiste de l’art lyrique dans la musique contemporaine : Luciano Berio. Mais le fait même d’évoquer cet autre compositeur met, je crois, bien en évidence, l’originalité du travail de Crumb qui n’hésite pas à mêler des registres différents, à glisser une voix virtuose sur des sons qui semblent venir du plus profond de la terre. Tout cela pour répondre à cette question que pose Lorca dans son poème : “J’irai très loin pour demander au Christ de me rendre mon âme d’enfant.” Cette âme d’autrefois dont Crumb a fait une voix, d’où ce titre : Ancient voices of children.

Voici donc ces ancient voices of children dans l’interprétation de Marie-Louise Bourbeau, Veronika Schaaf, qui joue le rôle du jeune garçons, avec l’ensemble New Art sous la direction de Fuat Kent

Ancient voices of children

Je faisais allusion à l’instant au dispositif quasi théâtral que George Crumb a prévu pour l’interprétation de ces Ancient voices of children. On sait que de nombreux compositeurs sont attentifs à cette mise en scène de leur musique, mais peu le sont autant que Crumb qui ne se contente pas de créer un spectacle mais qui s’attache à utiliser la mise en scène pour créer des effets sonores particuliers. C’est particulièrement sensible dans ses oeuvres pour piano qui demandent à l’interprète d’agit autant sur les cordes que sur les touches du clavier. On retrouve d’ailleurs dans sa partition des indications sur la manière de les pincer, les endroits où il faut poser les doigts…

Mais le mieux est sans doute d’entendre une de ses pièces. Voici donc les variations Gnomiques, une oeuvre qui date de 1981. Il s’agit d’une oeuvre très dense, très difficile à jouer que je vous propose d’écouter dans l’interprétation qu’en a donné Fuat Kent.

Gnomic Variations

Discographie

George Crumb : Gnomic variations, Porcessional, Ancient voices of children, Col legno, 1994, avec Fuat Kent, l’Ensemble New Art, Marie-Louise Bourbeau, Vernoka Schaaf & alii

George Crumb : A little suite for Christmas, Gnomic Variations, Pianovox, 1998, avec au piano Ursula Kneihs

Emmanuelle Bertrand, Oeuvres pour violoncelle seul, Dutilleux, Ligetti, Bacri, Crumb, Henze, Hamronia Mundi, 2000

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