émission du 18/09/06
Vinko Globokar
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Vinko Globokar
Bonjour,
Il est des musiciens dont il suffit de citer le nom pour aussitôt éveiller chez les amateurs de musique contemporaine un regard complice et des souvenirs de concerts particulièrement réussis. Vinko Globokar est de ceux là.
Aussi apprécie des amateurs que méconnu du grand public, il est certainement l’un de ceux qui ont le plus innové, le plus enrichi le répertoire contemporain dans le dernier tiers du vingtième siècle. Il l’a fait avec ce qu’il faut d’audace et de compétence pour être reconnu et apprécié tout à la fois des amateurs et des professionnels.
Né en 1934 en France, Vinko Globokar a commencé à jouer du jazz avant de poursuivre ses études au Conservatoire de Paris où il s’est d’abord spécialisé dans le trombone, choix qui prépare plutôt à devenir musicien d’orchestre que compositeur, mais il s’est très vite orienté vers la composition. La liste des professeurs qui la lui ont enseignée confirme ce cursus insolite : il a suivi les cours de René Leibowitz, grand prêtre de la musique sérielle, d’André Hodeir dont on connaît l’activité dans le domaine du jazz, et de Luciano Berio dont le goût pour le changement n’est plus à décrire.
Tant d’esthétiques différentes chez ses professeurs ne pouvaient que conduire le jeune étudiant à trouver sa propre voie ailleurs que sur les chemins bien balisés. Et c’est ce qu’il a fait avec des oeuvres qui mettent en valeur les instruments à vent, le trombone, le hautbois… mais aussi les percussions. Et pour commencer cette émission, je vous propose d’écouter une oeuvre de 1973 et qui, comme son titre le suggère, renvoie à ces instrumentistes dont le toucher fait toute la différence, je veux dire les percussionnistes, auxquels le compositeur demande ici également de parler, de dire des extraits de la vie de Galilée de Bertold Brecht. L’interprète a à sa disposition 7 instruments sur lesquels il doit, ainsi le veut le compositeur, produire les timbres des 13 voyelles utilisées dans la langue française. Il y a donc dans cette pièce une tentative originale de traiter simultanément la parole et la musique, de créer des effets d’écho entre l’une et l’autre.
Je vous propose d’entendre d’abord ce Toucher dans l’interprétation de Jean-Pierre Drouet, un percussionniste dont la carrière n’est pas sans rappeler celle de Globokar. Lui aussi a longtemps hésité entre le jazz et la musique contemporaine, a étudié la composition avec René Leibowitz et André Hodeir et longuement fréquenté Luciano Berio.
Toucher
Jean-Pierre Drouet est français et l’on a bien reconnu dans son interprétation notre langue, mais on peut, à juste titre, se demander ce qui se passe lorsque le français n’est pas la langue maternelle de l’interprète, lorsque celui-ci la maîtrise mal. On peut s’en faire une idée avec cette autre interprétation de cette même pièce par Matthias Kaul, un percussionniste allemand de grand talent qui fut lui aussi tenté par le jazz. Dans cette version, le texte de Brecht est pour partie dit en français et pour partie en allemand. Est-ce effet de l’interprétation ou pour un autre motif? On remarquera que l’équilibre entre la voix et la musique y est très différent.
Toucher
Je vous disais en commençant cette émission que Globokar a beaucoup joué du trombone. Il joue en virtuose de cet instrument pour lequel il a, naturellement, composé des oeuvres tout à fait originales où l’instrument fait à l’occasion appel à la voix, au souffle, ce qui donne des effets qui rappelle les poésie sonore que François Dufrêne ou Gil Wolman improvisaient dans les années 60. RES/AS/EX/Inspirer que nous allons entendre maintenant est une de ces oeuvres dont on se dit en l’écoutant qu’elle n’a pu être composée que par un interprète qui connaît particulièrement bien son instrument. En ce sens, elle rappelle la musique de jazz qui rapproche de la même manière l’interprète du compositeur.
Comme le titre l’indique, l’interprète doit, dans cette pièce, tout à la fois respirer (RES), aspirer (AS), expirer (EX) et inspirer alors que l’on se contente en général de souffler, c’est-à-dire d’expirer dans ces instruments. Voici donc ce RES/AS/EX/Inspirer, une pièce qui date de 1973, interprétée par le compositeur.
RES/AS/EX/Inspirer
On retrouve ce même travail sur la voix dans ?Corporel une oeuvre dont le seul instrument est le corps de l’interprète, avec à l’occasion le sol sur lequel il frappe. C’est une belle pièce de 1979 qui fait penser, mais dans un registre moins tragique, aux travaux contemporains des activistes viennois, ces artistes qui organisaient des actions dont on a retenu la violence et le coté souvent insoutenable. On est, avec cette musique, très proche des performances, mais avec quelque chose d’intense, d’intime, de privé qui est tout à fait original. Si l’interprète est sur scène, s’il est en spectacle, il est également entièrement en lui-même, comme peuvent l’être les chanteurs d’opéra ou les danseurs qui n’ont pas le temps de jouer ou de feindre des émotions tant les exercices qu’on leur demande sont exigeants.
Cette pièce est interprétée par Matthias Kaul
?Corporel
L’oeuvre de Vinko Globokar regarde, on l’a compris, délibérément du coté de l’avant-garde. Et, cependant, elle ne rompt pas avec la tradition. Il y a chez ce compositeur une attention toute particulière au folklore. Il a composé plusieurs oeuvres qui font référence à celui des régions de l’ancienne Yougoslavie, mais j’y reviendrai dans une prochaine émission à l’occasion de la sortie du très beau livre sur les musiques du monde : Le Petit atlas des musiques du monde qu’ont co-édité la cité de la musique et Mondomix.
Je vous propose de terminer cette émission avec une oeuvre de 1982 pour quatuor à cordes : Discours VI. Cette pièce s’inscrit dans une série d’oeuvres qui associent, comme leur titre le suggère langage et musique. L’idée de celle-ci est de mêler les genres, le théâtre et la musique : les interprètes se comportent comme des comédiens lorsqu’ils jouent de la musique et comme des musiciens lorsqu’ils disent des textes. Le mélange doit être détonnant sur scène, il est tout à fait convaincant sur disque.
Voici donc cette pièce dans l’interprétation qu’en donnent Krysia Osostowicz et Marshall Marcus au violon, Robin Ireland à l’alto et Felix Wurman au violoncelle.
Discours VI
Avec cette pièce s’achève ce numéro de Dissonances consacré à Vinko Globokar un compositeur que nous retrouverons prochainement dans d’autres émissions.