émission du 11/09/06
Jean-Pierre Guézec
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Concert pour violon et 14 instruments
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Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Jean-Pierre Guézec et Gilbert Amy.
Bonjour,
Nous allons aujourd’hui passer cette heure ensemble avec un compositeur français, peu connu du public, même du mieux informé de la musique contemporaines, ses oeuvres sont rarement jouées, ses disques je devrais dire son disque, parce qu’il n’y en a jamais eu qu’un, est depuis longtemps introuvable, et cependant, son nom reste, pour beaucoup de musiciens, comme celui d’une chance manquée.
Jean-Pierre Guézec est né en 1934. Élève d’Olivier Messiaen, de Dariux Milhaud puis de Iannis Xenakis, il a très tôt commencé une oeuvre originale, puissante, oeuvre que la mort a interrompu en 1971. Il avait alors à peine 36 ans.
Son oeuvre est courte : 25 titres, pas plus, tous composés dans les années 60. Elle est pour l’essentiel consacrée à l’orchestre ou à des ensembles d’une dizaine d’artistes, ce qui est tout à la fois original et audacieux. Il était dans les années 60 difficile de réunir des musiciens ou un orchestre pour jouer de la musique contemporaine. On trouve aussi dans son catalogue quelques pièces de musique de chambre, mais une seule qui fasse appel à une formation classique, un trio avec violon, violoncelle et alto.
Il y a également quelques pièces de musique vocale, mais c’est avec l’orchestre, avec des musiques pour ensembles qui associent plusieurs instruments que Guézec a donné le meilleur de lui-même. Sans doute, parce que ces formations lui donnaient le moyen de travailler comme il l’entendait sur les timbres et les rythmes. Sa musique est, en effet, très particulière. Plusieurs de ses titres renvoient à la couleur, à la lumière : Architectures colorées, Ensemble multicolore, Couleurs juxtaposées, reliefs polychromés, Suite pour Mondrian.
Je sais bien qu’il faut se méfier des titres que les compositeurs donnent à leurs oeuvres, qu’ils peuvent tromper ou entraîner dans de mauvaises directions. Mais, il y a en effet quelque chose de pictural dans le travail de Jean-Pierre Guézec. On a l’impression qu’il compose comme les peintres peuvent poser des couleurs sur une toile.
Je vous propose d’en juger tout de suite avec une oeuvre de 1964, Architecture colorée, interprétée par l’ensemble Parcours 27 XXI que dirige Jean-Claude Bernede.
Architectures Colorées
La couleur n’est pas ignorée des musiciens. À preuve, le mot chromatisme qu’utilise la théorie musicale, qui vient du grec chromos, couleur. Mais le chromatisme est, dans la musique, traditionnellement utilisé pour exprimer des émotions, la douleur, le tragique comme dans la très belle lamentation de Didon dans Didon et Enée de Purcell. Rien de pareil chez Guézec. La couleur renvoie chez lui plutôt aux techniques utilisées et aux effets obtenus. La couleur est chez lui plus peinture qu’émotion.
Le compositeur pose ses objets sonores dans le temps comme le peintre pose ses touches de couleur sur une toile. Avec, dans certains passages, au début notamment de la pièce que nous venons d’entendre, une vibration qui n’est pas sans rappeler celle que Morandi, ou dans un genre complètement différent, Mondrian savaient produire. Je parle de ces surfaces qui paraissent, lorsqu’on les voit sur une reproduction photographique plates, ce n’est qu’un aplat de couleur, mais se mettent à vivre à la lumière dés qu’on voit l’oeuvre originale. Comme si le peintre ou, ici le compositeur, avait su saisir cette lumière, nous rendre visible son action sur les pigments, sur les traces de la brosse sur la toile.
Dans d’autres passages, la musique est posée sur le temps comme la peinture pouvait l’être chez les impressionnistes par touches juxtaposées superposées. On retrouve cette technique enrichie dans Ensemble multicolore, une oeuvre de 1965, écrite pour satisfaire une commande du Ministère des Affaires culturelles. La structure de cette pièce est plus compliquée que celle que nous venons d’entendre, elle ajoute aux superpositions et juxtapositions des tuilages. Le tuilage, une technique de chant vocal que l’on rencontre dans des musiques à danser, consiste, lorsque plusieurs chanteurs chantent à tour de rôle, à créer une sorte de passage de témoin. Le chanteur qui prend la suite répète les dernières syllabes qu’a chantées celui qui l’a précédé. Ainsi il n'y a jamais de pause dans la diction et le rythme, ce qui est particulièrement important pour les danseurs dans le cas de chants à danser par exemple. C’est une technique que l’on trouve dans des chants celtiques, en Bretagne notamment, mais aussi en Albanie et dans certaines musiques d’Afrique centrale.
Trois types de tuilage sont utilisés dans Ensemble multicolore, des tuilages horizontaux, de type fondu-enchaîné, des tuilages verticaux avec des interférences entre différents registres et des recouvrements complets.
Je vous propose de l’écouter tout de suite dans l’interprétation de l’ensemble Parcours 27 XXI que dirige Jean-Claude Bernede.
Ensemble multicolore
Ensemble multicolore a été créé en 1965 au festival de Royan par l’ensemble du domaine musical dirigé par Gilbert Amy. Si je l’indique, c’est que Gilbert Amy a écrit dans les semaines qui ont suivi sa mort, une pièce en hommage à Jean-Pierre Guézec : D’un désastre obscur pour mezzo-soprano et clarinette d’après oou à partir d’un ver de Mallarmé. La voici :
D’un désastre obscur.
Gilbert Amy n’est que l’un des compositeurs qui ont écrit une oeuvre en hommage à Jean-Pierre Guézec après sa mort. Messiaen, Xenakis, Xavier Darasse, Alain Louvier et quelques autres ont écrit des tombeaux, des pièces in memoriam qui ont été données en 1971 lors d’un concert d’hommage au Festival de Royan.
La participation à ce concert de musiciens d’avant-garde, Amy, Boucourechliev, Xenakis, est d’autant plus remarquable que Jean-Pierre Guézec n’était ni un épigone de Boulez ni un dodécaphoniste radical. On a pu en juger à l’écoute de ses oeuvres. Or, les années 60 étaient, sur le plan esthétique, celle du radicalisme, de l’exclusion, voire de la violence verbale. Si donc, Guézec a su retenir l’attention de ses pairs, c’est qu’il avait des préoccupations voisines des leurs. Il s’intéressait tout particulièrement à l’articulation entre blocs sonores et cellules rythmiques, question au coeur des réflexions des compositeurs de cette génération. Mais, il partait d’un point différent. À l’inverse de la plupart de ses contemporains, il n’avait pas rompu radicalement avec la tradition de la musique française. Sa première oeuvre, le Concert pour violon et 14 instruments, qui date de 1961, rappelle des pièces des années 30 de Darius Milhaud. Notamment son concertino de Printemps, une pièce de 1934 qui fait un large appel au violon comme ce Concert pour violon et 14 instruments que je vous propose d’écouter dans la version qu’en donnent Régis Pasquier au violon et l’Ensemble Parcours 27 XXI sous la direction de Jean-Claude Bernede.
Concert pour violon et 14 instruments
Je disais à l’instant que Jean-Pierre Guézec n’avait pas, à l’inverse de beaucoup de compositeurs de sa génération, rompu complètement avec la musique française des années 30. On en a une autre preuve dans le choix qu’il avait fait de composer une pièce sur Saül, un texte d’André Gide qu’Honneger et Darius Milhaud, encore lui, avaient mis en musique.
S’il reste un musicien important, malgré une oeuvre très courte, ce n’est pas parce qu’il aurait créé quelques ponts entre deux générations, mais parce qu’il maîtrisait l’orchestre, ce qui n’était pas le cas de tous, parce qu’il a ouvert des voies nouvelles et proposé des pistes pour sortir du sérialisme dont chacun sentait bien, dans ces années 60, qu’il était devenu sclérosant.
Pour conclure cette émission je vous propose d’écouter une oeuvre de 1967, Textures enchaînées, qui aurait pu être utilisée pour accompagner une exposition du groupe supports/surfaces qui à la même époque inventait à Paris une nouvelle manière de faire de la peinture. Voici donc Textures enchaînées interprétée par l’Ensemble Parcours 27 XXI sous la direction de Jean-Claude Bernede
Textures enchaînées