Emission du  15/09/08

HaydŽe Charbagi

 

 

Compositeur

Titre

Disque

DurŽe

Scelsi

Hyxos

 

GŽnŽrique

Kurtag

Messages de feuÉ

Kurtag, 1

Mantovani

Sreets

Mantovani, 10

15Ġ01

Sciarrino

Tre noturni brillanti

Garth Knox, 17-19

9Ġ12

Amy

Variations

Amy, 9

9Ġ04

Webern

Quatuor op.28

Webern, 14 ˆ 16

8Ġ10

 

 

 

Dissonances, une Žmission de Bernard Girard consacrŽe ˆ la musique contemporaine avec, aujourdĠhui, des oeuvres de Kurtag, Mantovani, Sciarrino, Amy, Webern.

 

Bonjour,

Comme je vous lĠai indiquŽ la semaine dernire, cette Žmission sera consacrŽe ˆ HaydŽe Chabagi, la jeune femme qui a collaborŽ ces trois dernires annŽes ˆ Dissonances et qui nous a brutalement quittŽ il y a dizaine de jours. Elle nĠavait pas trente ans.

Ceux qui nous Žcoutaient cet ŽtŽ se souviennent des Žmissions quĠelle a prŽparŽes et prŽsentŽes en juillet et aožt. Les plus fidles de nos auditeurs se souviennent certainement de celles que nus avions prŽparŽes et rŽalisŽes en commun pendant lĠŽtŽ 2007, sŽrie dĠŽmissions que nous avions appelŽes Union Libre et qui traitaient de la poŽsie et de la musique. SŽrie que lĠon peut entendre sur le site de Dissonances ˆ lĠadresse suivante : http://perso.wanadoo.fr/dissonances

JĠaurais pu, pour rendre hommage ˆ HaydŽe, rediffuser lĠune de ces belles Žmissions auxquelles elle avait participŽ. Mais on peut en trouver plusieurs sur les sites de Dissonances et dĠAligre. On y trouvera notamment les Žmissions quĠelle a consacrŽes au Yemen, pays quĠelle frŽquentait comme ethno-musicologue. JĠai prŽfŽrŽ faire son portrait au travers des musiques de notre temps quĠelle aimait ou quĠelle avait dŽcouverte en travaillant pour Aligre.

Je commencerai, et cela ne surprendra, je crois, aucun de ceux qui lĠont connue ou ŽcoutŽe, par KŸrtag, ce compositeur hongrois dont elle Žtait si proche quĠŽmu par son talent et son admiration il lui avait offert une petite partition quĠil avait ŽtŽ Žcrite pour elle. Partition quĠelle Žtait venue me montrer un lundi aprs-midi dans ce studio. Je compris ˆ la voir me prŽsenter ces deux pages que ce fut lĠun des plus cadeaux quĠelle ait jamais reus.

Ce sont les pices vocales, les lieds de ce compositeur nŽ en 1926 en Roumanie qui lĠavait, je crois, dĠabord sŽduite. Elle y retrouvait associŽes ses deux passions, la poŽsie et la musique. Et quand, je lui expliquais avec beaucoup de mauvaise foi et dĠignorance, que je ne plaais pas ce compositeur tout en haut, elle dŽployait une Žnergie et une science pour me convaincre quĠil Žtait aussi grand quĠelle le pensait. Dois-je le dire, elle mĠa forcŽ ˆ mieux lĠŽcouter etÉ ˆ lui donner raison Kurtag est effectivement un compositeur de tout premier plan dont la carrire nĠa vraiment dŽmarrŽ que dans les annŽes 80 quand celle de ses contemporains, Boulez, Stockhausen, Berio Žtait depuis longtemps assurŽe.

CĠest une oeuvre pour soprano et ensemble de chambre qui lĠa vraiment mis en selle : les messages de feu mademoiselle R.V.Troussova. Titre Žtrange pour une oeuvre basŽe sur des textes dĠune pote russe, Rimma Dalos, qui racontent la vie dĠune femme, sa solitude, son angoisse, son dŽnuement, ses chagrinsÉ avec des textes forts, presque brutaux comme celui-ci :

Le jour tomba/comme une guillotine,/le jour, bourrŽ de promesses,/ de salut ˆ ceux pour qui le salut nĠest pas,/de mensonges, de comŽdies, dĠintrigues,/ de vŽritŽs rapiŽcŽes,/ sur des haillons de mensonge, de l‰chetŽ,/ solitude dŽcachetŽe/dĠune existence vide./ Grains de confiance en reste,/coincŽs entre deux baisers.

Messages de feu mademoiselle R.V. Troussova

HaydŽe avait une passion toute particulire pour lĠItalie. Elle y retournait rŽgulirement et cĠest lˆ quĠelle a passŽ ses dernires vacances, dans la famille de son ami. Elle y trouvait le calme et la possibilitŽ de se reposer qui lui manquait ˆ Paris. Ë son retour de ces dernires vacances, elle mĠavait envoyŽ un mot qui disait quĠelle ne nous avait pas oubliŽ pendant ces quelques jours passŽs loin de nous :  ÒJe suis rentrŽe dans la nuit d'Italie, la tte pleine d'idŽes pour notre Dissonances de l'ŽtŽ. Je pensais commencer par un voyage "ˆ sauts et ˆ gambades" dans l'oeuvre de Webern (qui nous porterait vers des pices moins connues mais non moins belles parfois) avant d'aller les semaines prochaines vers Feldman, Nono, Scelsi, etc...Cela vous irait-il ?Ó Comment cela aurait-il pu ne pas mĠaller?

Son gožt de lĠItalie allait aussi aux musiciens de sa gŽnŽration. Elle sĠintŽressait tout particulirement aux travaux de Bruno Mantovani nŽ en 1974 et dont lĠoeuvre est tout ˆ la fois trs savante et nourrie dĠune rŽflexions sur lĠespace, la ville, son architecture, nos dŽplacements, nos dŽrives, disaient les situationnistes. Je ne suis pas sžr quĠelle ait entendu Streets que Mantovani a composŽ en 2005, oeuvre dont lĠenvie dĠŽcrire lui est venue alors quĠil se promenait dans New-York. ÒLa densitŽ dĠactivitŽs humaines simultanŽes Žtait telle quĠil mĠŽtait quasiment impossible dĠisoler tel mouvement dĠune personne prise au hasard dans cette collectivitŽ, ou tel dŽplacement dĠun vŽhicule, sans que cette information ne soit perturbŽe par bien dĠautresÉ CĠest ce phŽnomne que jĠai tentŽ de transcrireÉÓ Je ne sais pas, donc, si HaydŽe connaissait cette oeuvre rŽcente, mais elle aurait, je crois, ŽtŽ trs intŽressŽe par la dŽmarche du compositeur et par le rŽsultatÉ

Streets

HaydŽe Charbagi portait Žgalement beaucoup dĠintŽrt au travail de Salvatore Sciarrino, un compositeur nŽ ˆ Palerme en 1947 qui appartient ˆ une gŽnŽration, celle de lĠŽcole spectrale en France, qui sĠest cherchŽ dĠautres ma”tres que leurs prŽdŽcesseurs des annŽes 50, les Boulez et Stockhausen, gŽnŽration qui sĠest tournŽe vers Scelsi, sĠest interrogŽe sur le son, nĠa pas reculŽ devant lĠutilisation des technologies les plus rŽcentes et a retrouvŽ ˆ lĠoccasion, comme Sciarrino dans cette pice que nous allons maintenant entendre le plaisir de la virtuositŽ.

Tre noturni brillanti

HaydŽe ne se contentait pas dĠŽcouter de la musique contemporaine, elle allait au devant des compositeurs et en a interviewŽ plusieurs, Pierre Boulez, bien sžr, qui lĠavait impressionnŽe, mais aussi Gilbert Amy qui lĠavait reu avec beaucoup de gentillesse et dont elle avait aimŽ la simplicitŽ. Gilbert Amy dont je vous propose tout de suite dĠentendre une pice du dŽbut des annŽes 50, Variations pour clarinette, violoncelle et piano.

Variations

Tous ceux qui ont ŽcoutŽ ses Žmissions le savent, HaydŽe Charbagi avait une prŽfŽrence marquŽe pour les oeuvres courtes, ce qui lui imposait un travail de prŽparation long et subtil. Elle ne se contentait pas, en effet, dĠannoncer les oeuvres, elle entamait ˆ chaque fois une analyse, presque toujours brillante, originale qui donnait envie de lui demander de les Žcrire. Elle aurait pu, si elle lĠavait souhaitŽ, devenir une de ces musicologues qui donnent ˆ ceux qui ne lĠont pas le gožt et lĠintelligence des oeuvres les plus difficiles. En ce sens, il nĠest pas surprenant quĠelle ait eu, comme elle le disait dans le mail que je citais tout ˆ lĠheure, une connivence toute particulire avec Anton Webern, le spŽcialiste des pices aussi denses que courtes.

De Webern, je vous propose dĠŽcouter, dans lĠinterprŽtation du toujours excellent Quatuor Parisi, le quatuor opus 28

Quatuor opus 28

Avec ce quatuor, lĠune des pices majeures de la musique du vingtime sicle sĠachve ce numŽro de Dissonances que jĠai voulu comme un hommage bien modeste ˆ une jeune femme qui nous a ˆ tous beaucoup apportŽ. JĠaurais aimŽ faire entendre bien dĠautres musiques quĠelle aimait, Kurtag, bien sžr, mais aussi Morton Feldman quĠelle a dŽcouvert cet ŽtŽ et dont elle me disait dans un de ses derniers mails quĠelle lĠŽcoutait en boucle. JĠespre que cette musique que je lui avait fait dŽcouvrir lui a apportŽ plaisir et bonheur alors quĠune grande fatigue dŽjˆ lĠenvahissaitÉ