émission du 7/11/05
ICMC 2005
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Compositeur |
Oeuvre |
Disque |
Durée |
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Scelsi |
Hyxos |
générique |
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Ricardo Climent |
The last castrati |
Free sound, 1 |
9’03 |
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Henry Vega |
Idoru in metals |
Free sound, 2 |
9’22 |
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Agostino di Scipio |
Audible ecosystems n°2 |
Free sound, 4 |
6’01 |
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Chikashi Miyama |
Density |
Free sound, 6 |
9’50 |
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Kim Suk-Jun |
What the bird saw |
Free sound, 7 |
7’55 |
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Marc Ainger |
Annotations |
Free sound, 9 |
4’40 |
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William Kleinsasser |
Adrenaline |
Free sound, 3 |
3’30 |
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David Berezin |
Styal |
Free sound, 8 |
ad libitum |
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de
Bonjour, il y a deux bonnes manières de découvrir de nouveaux compositeurs. La première est de demander aux professionnels que l’on rencontre de nous indiquer des collègues dont ils apprécient le travail, la seconde est de fréquenter les festivals, les congrès et colloques, toutes ces manifestations qui permettent aux jeunes compositeurs de faire entendre leur travail. C’est ainsi que j’ai découvert il y a quelques semaines le travail de Pierre Jodlowski, auquel j’ai consacré le mois dernier une émission. Mais il est aussi possible de mêler les deux techniques, et c’est ce que j’ai fait cette fois-ci. Je n’ai pas assisté au festival de l’ICMC, l’international Computer Music Conference, qui s’est tenu en septembre dernier à Barcelone, mais Franck Jedrejerwski, qui y faisait une communication, y était et il a eu la gentillesse de me rapporter le disque édité à l’occasion de cette conférence, disque que je vous propose d’écouter tout au long de cette émission.
On y trouve des oeuvres électroacoustique de dix compositeurs, venus d’un peu partout dans le monde, d’Espagne, des Etats-Unis, de Corée, d’Italie, d’Allemagne. Mais avant de vous faire entendre un premier extrait de ce disque, peut-être devrais-dire un mot de ce colloque qui se tient tous les ans à Barcelone et qui réunit la fine fleur de la musicologie contemporaine. Dans cette manifestation qui se déroule chaque année à la fin de l’été, on peut tout à la fois entendre des concerts et des communications très savantes de musicologues, mais aussi de mathématiciens qui s’intéressent à la musique, comme Franck Jedrzejerwski qui a présenté cette année une communication au titre ésotérique : Groupe de permutations et mosaïques d’accords. Mais je vous ferai grâce des développement s mathématiques et je vous propose plus simplement d’écouter, de découvrir sans doute, quelques uns des compositeurs qui ont donné des oeuvres en concert cette année à Barcelone.
Le premier des compositeurs que je vous propose d’écouter, Ricardo Climent, est espagnol, mais il vit et travaille en Irlande du Nord. II enseigne à l’Université de Belfast. Comme plusieurs des compositeurs présents à Barcelone, il se présente autant comme un artiste sonore que comme un compositeur au sens classique, une tendance sur laquelle je reviendrai, d’ailleurs, dans une prochaine émission. En pratique, cela le conduit aussi bien à composer des oeuvres, comme celle que nous allons entendre dans quelques instants, qu’à créer des environnements sonores qui associent des sculptures, des projections voire même, dans certaines oeuvres, des réactions chimiques ou biochimiques.
On ne sera pas étonné d’apprendre qu’il y a dans l’activité de cet artiste qui a une information d’économiste, ce qui est assez rare, une part importante de recherche au sens classique. Ricado Climent collabore au développement de nouveaux instruments ou, plutôt, de nouveaux capteurs de son dans le cadre d’un programme MICE (Musical instrument for Creative Expression) de l’université de Belfast. Il s’intéresse également, ce qui est plus original, à l’archéologie des sons, ce qui l’amène à se poser des questions comme : quel pouvait être l’environnement sonore à l’ère paléolithique?
Après tout ce que je viens de dire, je crains que l’oeuvre que je vous propose maintenant d’écouter vous paraisse bien banale. Voici donc de Ricardo Climent : The last castrati, les derniers castrats. On y entendra des voix d’opéra extraites d’un récital lyrique, des cris, mais aussi des bruits d’objet qui évoquent un environnement, un espace…
The last castrati
On a, dans cette oeuvre qui joue sur le contraste entre des bruits rustiques, rugueux et une voix hyper sophistiquée, le sentiment que le chant émerge du chaos sonore, mais que cette voix est elle-même, comme le suggère le souffle de l’électrophone que l’on entend à un moment, un artefact technique abandonné dans un univers laissé à lui-même, que seules des voix d’enfant, celles que l’on entend à la toute fin de ce morceau pourraient ramener à la vie.
On retrouve des voix très sophistiquées dans l’oeuvre d’Henry Vega que nous allons maintenant entendre.
Henry Vega est un produit typique des départements de musique des universités américaines. Né à New-York, il a étudié à l’Université de Floride, à celle du Texas avant de poursuivre ses études en Europe, à l’institut de sonologie du Conservatoire de La Haye aux Pays-Bas. Il a notamment été l’élève de Franco Donati, Earl Brown, James Tenney et Christian Wolff.
Comme beaucoup de compositeurs de sa génération, il mène de front une activité d’ingénieur, de technicien, d’interprète et de créateur. Il a monté en 2003 un groupe dédié à l’exécution de musiques qui combinent percussion et informatique, groupe qu’il a appelé “The electronic Hammer”, nom dont on conviendra qu’il n’a rien de très poétique. Je précise, pour ceux que cela pourrait intéresser, que l’on pourra entendre ce groupe début décembre à Rotterdam dans le cadre du festival Worm.
Vega a travaillé avec des artistes vidéos, avec des chorégraphes, mais ce qui l’intéresse le plus ce sont, semble-t-il, les interactions entre l’interprète et l’ordinateur, comme dans l’oeuvre que nous allons maintenant entendre qui associe choeur, sopranos, alto et ordinateur. La partie d’ordinateur est dans Idoru in Metals, c’est le titre de cette oeuvre, tenue par le compositeur.
Le titre ce cette oeuvre renvoie à une oeuvre de science-fiction publiée il y a une dizaine d’années par un des maîtres de ce genre littéraire : William Gibson. Ce roman, intitulé Idoru, traite de ces agents artificiels, de ces individus artificiels que l’on crée avec du logiciel. Dans le morceau que nous allons entendre, cet individu artificiel est une soprano aux capacités vocales et expressives extraordinaires. Voici donc :
Idoru in metals
Autre compositeur présent sur ce disque : Agostino Di Scipio. C’est un italien né à Naples en 1962, il a donc aujourd’hui un peu plus de quarante ans, qui enseigne la composition à l’université de Bari, qui a été lauréat du Festival de musique électroacoustique de Bourges. Dès qu’on en a entendu une, on reconnaît assez facilement les oeuvres d’Agostino Di Scipio. Il utilise en effet des sons très reconnaissables, on devrait presque parler de grains de sons, qu’il produit par synthèse et qu’il assemble dans des dispositifs qui combinent algorithmes de composition et intervention directe du compositeur lors de l’exécution. Ce qui donne une musique très particulière, où les timbres jouent un rôle important.
Audible systems n°2 (feedback study)
Les deux compositeurs que je vous propose maintenant d’entendre viennent d’Asie. Le premier, Chikashi Miyama, est japonais. Lui aussi primé à Bourges, il a commencé ses études musicales au Japon avant de les poursuivre à Bâle, en Suisse. Comme beaucoup des compositeurs dont je parle aujourd’hui, la dimension technique, informatique de son travail est importante. Il a publié des articles savants aux titres ésotériques comme “le développement d’objets DIPS extérieurs et leur application à la création d’oeuvres”. Je précise pour les curieux que DIPS est une norme informatique d’abord développée à l’IRCAM. L’acronyme qui évoque en anglais les notions de plongée ou d’immersion veut dire : "Digital Image Processing with Sound", soit, en français, traitement d’images digitales avec du son. Ce type de préoccupations devrait conduire Miyama à produire rapidement des oeuvres vidéo.
La musique que produit Chikashi Miyama s’écoute sans difficulté majeure, je dirait presque qu’elle est facile, agréable. Du moins est-ce le cas de Density, une oeuvre pour harpe et électronique que je vous propose maintenant d’écouter. Ailing Sai est à la harpe.
Density
L’univers de Kim Suk-Jun est très différent de ce que nous venons d’entendre. Coréen né en 1970, Kim Suk-Jun est diplômé de théologie, ce qui pour un musicien n’est guère plus courant que le diplôme d’économiste de Ricardo Climent. Il travaille comme ingénieur du son, compose pour des chorégraphies et des artistes vidéo et n’hésite pas faire appel dans ses compositions à des sons naturels. On en retrouvera plusieurs dans l’oeuvre que nous allons entendre maintenant : “What the bird saw, ce que l’oiseau a vu.
What the bird saw
Pour faire contraste avec ce que nous venons d’entendre, je vous propose maintenant une oeuvre pour flûte et informatique de Marc Ainger, assez caractéristique de ce que l’on peut entendre dans les concerts de musique contemporaine.
Marc Ainger est américain. Diplômé de l’Université de Californie, il dirige le département musical de l’Université de L’Ohio. Quoique guère plus âgé que les compositeurs dont nous avons jusqu’à présent parlé, il a un catalogue relativement important, il a été lauréat de plusieurs prix internationaux et il a travaillé dans de grandes institutions internationales dont l’Iracm à Paris.
Voici donc de Marc Ainger : Annotations, interprétée à la flûte par Ann Stimson et à l’ordinateur par le compositeur lui-même.
Annotations
Toutes les pièces que nous avons entendues au cours de ce programme font appel à l’informatique, c’était le principe de ce colloque dédié aux musiques qui utilisent des ordinateurs. Mais, ce qui frappe à les entendre, c’est qu’on a le sentiment que l’informatique n’est plus utilisée, comme elle pouvait l’être chez Xenakis, pour réaliser des calculs et maîtriser la complexité. Elle parait beaucoup plus utilisée pour explorer les sons, produire des effets, comme ceux de feed-back, pour jouer des écarts entre ce qui est écrit et interprété en public, ce qui est enregistré et les décisions que le compositeur peut prendre en temps réel.
On retrouve cette utilisation de l’ordinateur comme instrument dans cette pièce pour trombone et informatique de William Kleinsasser, un compositeur américain qui enseigne dans une université de Baltimore.
Adrenaline
Pour terminer cette émission, puisqu’il nous reste quelques minutes, je vous propose d’écouter une autre des oeuvres sélectionnées par le jury de l’ICMC pour être publiée : Styal de David Berezan, un canadien qui travaille en Grande-Bretagne à Manchester, tout près du village de Styal, qui a donné son nom à l’oeuvre que nous allons maintenant écouter.
Styal.
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