émission du 29/05/06
 
Michaël Jarrell
 
Compositeur
Oeuvre
Disque
Durée
Scelsi
Hyxos
 
Générique
M.Jarrell
Aus Bebung
M.Jarrell, 3
16’55
M.Jarrell
Assonance III
M.Jarrell,1
8’32
M.Jarrell
Essaims Cribles
M.Jarrell, 5
19’28
M.Jarrell
Eco IIb
M.Jarrell, 2
8’45
 
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Michaël Jarrell.
Bonjour,
Genève, Fribourg, Paris, Rome, Lyon, Vienne en Autriche… la géographie musicale de Michaël Jarrell est on ne peut plus européenne. Tout comme, d’ailleurs, son oeuvre qui est de celles que l’on reconnaît immédiatement comme nourrie de ce que l’Europe a produit de mieux en la matière.
La musique de ce compositeur au nom de vedette de rock, né à Genève en 1958, est toute en nuances et en subtilités. Elle utilise admirablement le timbre de la clarinette et du violoncelle comme cet Aus Bebung qui date de 1996.
Aus Bebung veut dire “tiré de… Bebung”, titre d’une pièce plus ancienne qui faisait allusion au balancement, non pas celui d’une berceuse, mais celui, plus subtile, que créent les interprètes du clavicorde lorsqu’ils modifient légèrement la pression de leur doigt sur la touche de cet instrument, ancêtre du piano que Bach a beaucoup utilisé et que les interprètes du baroque ont redécouvert et mis à la mode il y a quelques années. Ce balancement, ce babung est un vibrato, un effet subtil, donc, qui a inspiré Michael Jarrell dans cette pièce que je vous propose d’écouter dans l’interprétation de l’ensemble Accroche-Note.
Aus Bebung
Michael Jarrell aime-t-il tout particulièrement la rencontre des sons du violoncelle et de la clarinette? On peut le penser puisqu’il a, à plusieurs reprises, associé, rapproché ces deux instruments. Il l’a notamment fait en 1989 dans Assonance III, une pièce pour clarinette basse, violoncelle et piano, une formation qui rappelle les trios de Beethoven et Bhrams, à cette nuance près que la clarinette qu’utilise ici Jarrell est basse, c’est-à-dire une octave en dessous. C’est cette même clarinette que l’on entend dans Tristan et Isolde de Wagner et qui impressionne par sa profondeur, son coté boisé, profond, sombre comme seule peut l’être une forêt qui n’en finit pas.
Assonance III relève de ce que le compositeur appelle des cahiers d’esquisses, formule qui renvoie tout à la fois à la notion de cycle, un cahier a toujours beaucoup de pages que l’on tourne, à celle de travail en cours, de reprises, répétitions, corrections, comme dans une recherche. Pour ce qui est du titre, Assonance, Jarrell dit l’avoir emprunté à la prosodie française : “Les vers des plus anciens poèmes français n'ont pas de rimes, mais seulement des assonances. On dit que deux vers assonent entre eux quand leur dernière voyelle accentuée est la même voyelle. Il n'est pas nécessaire que les phonèmes ou sons qui suivent ou précèdent immédiatement cette voyelle se ressemblent ou soient absolument différents dans les deux vers. Peu importe l'orthographe, mais il est indispensable que ces voyelles se prononcent pareillement, qu'elles aient le même timbre.”
Voici donc Assonance III dans l’interprétation de l’ensemble Accroche Note.
Assonance III
On retrouve la clarinette basse associée à sa cousine la clarinette contrebasse et à un ensemble instrumental dans une oeuvre que Jarrell a écrite quelques mois avant Assonance III : Essaims cribles. Ces deux mots forts évoquent tout à la fois la musique spectrale et les traitements informatiques sur le son que Jarrell a pratiqués à l’IRCAM. On passe au crible un son, on le structure comme une essaim, où, du moins essaie-t-on de le faire.  
Je sais qu’il faut se méfier des titres, qu’ils sont souvent trompeurs, mais il y a dans ces deux mots quelque chose de matériel, de physique qui s’impose. L’essaim a une forme géométrique, tout comme, d’ailleurs le crible. Tout comme encore le sol d’une scène de théâtre sur laquelle se déplacent des danseurs. Souvent le chorégraphe dessine des figures géométriques pour qu’ils retrouvent leurs marques. Figures géométrique que le compositeur dit avoir convoquées pour réaliser cette pièce. “Je suis parti, dit-il, de la représentation du mouvement, de figures géométriques, de description d'images. Toutefois, ces recettes restent personnelles et pour une création dansée, le chorégraphe conserverait bien sur sa liberté d'interprétation. Je pense néanmoins que la relation avec une musique écrite pour ballet ne pourra pas être la même qu'avec une musique imaginée par le chorégraphe, qui lui plaît et qui l'attire. Je pense que l'échange serait alors plus fort et plus profond.” Autant dire que cette pièce est en attente d’un chorégraphe, qu’elle a été écrite dans l’esprit du ballet et qu’on aimerait la voir ainsi mise en mouvements. À défaut, je vous propose de l’écouter dans l’interprétation qu’en donne l’Ensemble AccrocheNote.
Essaims Cribles
Pour terminer cette émission consacrée à Michaël Jarrell, je vous propose d’écouter une belle oeuvre pour soprano et six instruments, une pièce un peu mélancolique dont le titre presque technocratique intrigue : Eco IIb.
Cette pièce est écrite sur un sonnet de Gongora, un poète immense dont Velasquez a fait le portrait. Je ne sais quel poème de Gongora Jarrell a retenu pour cette pièce, mais on y retrouve l’atmosphère très particulière de ce poète dont les textes tordus, noués, comme peuvent l’être certaines sculptures ou peintures du premier dix-septième siècle espagnol ou, plus près de nous les Cantos pisans d’Ezra Pound, paraissent incompréhensibles en traduction et le sont plus encore peut-être dans leur langue originale où l’on peut entendre des mots empruntés au vocabulaire tauromachique, volontairement sans doute pour ajouter une couche de sens supplémentaire au poème et dérouter un peu plus le lecteur.
La voix se détache, semble répondre à la musique qui la soutient, prendre naissance d’elle. C’est celle de Françoise Kubler que nous allons entendre accompagnée par l’Ensemble AccrocheNote.
Eco IIb
 
 
 
 
 
 
 
 
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