émission du 10/10/05
Pierre Jodlowski
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Compositeur |
Oeuvre |
Disque |
Durée |
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Scelsi |
Hyxos |
générique |
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Jodlowski |
Phonographie - Inde |
Extraits, 17 |
1’31 |
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Eclats du ciel |
1995-2000, 3 |
10’09 |
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Dialog/No dialog |
1995-200, 2 |
14’30 |
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Mental Vortex |
Vol 3, 4 |
4’42 |
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Mixtion |
Extraits, 11 |
2’24 |
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People/Time |
Extraits, 12, 13 |
7’04 |
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Géo-métries |
Vol 3, 8… |
ad libitum |
Pour écouter cette émission
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Pierre Jodlowski
Bonjour, je vous propose aujourd’hui de découvrir les oeuvres d’un compositeur tout jeune, il est né en 1971, ce qui veut dire qu’il n’a pas encore 35 ans : Pierre Jodlowski.
Comme tous les jeunes compositeurs dont la carrière n’est pas très longue, Pierre Jodlowski insiste dans les quelques textes qu’il donne à la presse et aux rédacteurs des programmes de ses concerts, sur sa formation, il a été formé à Lyon, et sur les différents prix qu’il a gagnés dans des épreuves et concours divers. Ce qui fait sourire celui qui n’a pas l’habitude du monde musical étonne moins le mélomane qui sait que c’est ainsi, au travers des concours, c’est-à-dire des jugements des pairs, que se font les carrières dans le monde musical. Mais je vous ferai grâce de cette longue énumération de premier, second ou troisième prix qui n’ont de sens que pour les professionnels.
Je vous propose, plutôt, d’écouter ses oeuvres et puisque je disais qu’il a fait ses études à Lyon, que je parlais la semaine dernière d’une école lyonnaise, je vous propose de commencer cette émission avec une oeuvre très courte, elle ne dure pas deux minutes, qui n’est pas sans évoquer le travail de Jean-François Cavro que nous écoutions lundi dernier et qui, je le rappelle pour ceux qui n’étais pas avec nous, fait des paysages sonores. En l’espèce, il s’agit si j’en juge par le titre, d’un paysage d’Inde. Voici donc Phonographie - Inde, une pièce de 1995, l’une des deux plus anciennes que m’ait confiées Pierre Jodlowski.
Phonographie - Inde
Depuis ces premières pièces, le travail de Pierre Jodlowski a évolué. Il a beaucoup écrit pour des instruments à vent, pour la clarinette, la flûte, deux instruments qui sont, on le sait, très proches de la voix, du souffle, du corps et qui permettent de créer une musique intime, violente parce qu’intime, tout en hésitations, retraits, enthousiasmes, bondissements, lyrisme à peine amorcé, allusion à des musiques plus faciles suivies d’épisodes de mauvaise conscience.
Un musicologue parlerait d’attaques, de dynamique, de respiration… et il aurait certainement raison, mais c’est ce coté physique qui apparaît plus encore en salle de concert où l’interprète ne peut rien cacher de ses efforts, de son engagement, qui me paraissent dominer ces Eclats du ciel, une pièce précoce, elle date elle aussi de 1995, que je vous propose maintenant d’entendre dans l’interprétation de Jean-Christophe Murer à la clarinette.
Eclats du ciel
Dans cette pièce, on entend la clarinette, mais elle est accompagnée d’un dispositif électronique, une formule que les gens du Grame à Lyon, et d’autres, ailleurs, ont souvent exploitée. C’est une méthode qui permet, on l’a vu, de reprendre le son de l’instrumentiste, de le transformer, de l’épurer, de le bousculer, le disséquer, de l’éclater pour le faire réverbérer, de le vider, par instants, de l’intérieur pour ne conserver que la vibration la plus secrète, je veux dire le presque silence, ce bord qui me rappelle le travail d’un peintre comme Rothko qui savait si bien rendre le flou des bords.
L’association d’un instrument et de l’électronique est une méthode qui autorise le dialogue entre l’interprète et lui-même, entre l’instrument, son timbre, ses sonorités, ses bruits et des machines, dialogue que l’on retrouve dans cette pièce de 1997 pour flûte et électronique, Dialog/No dialog, où ce dialogue est doublé d’une voix qui, nous demande, sur le ton de l’injonction, d’écouter une musique qui évoque tout à la fois le feulement des grands fauves, les échos d’une messe lointaine, à moins qu’il ne s’agisse d’un récital, la méditation d’un jeune solitaire et l’agitation d’un adolescent mal dans sa peau. C’est une pièce subtile, complexe, parfois austère mais que je trouve convaincante et que je vous recommande d’écouter avec attention. Elle en vaut, je crois, la peine.
Voici donc Dialog/ No dialog de Pierre Jodlowski pour flûte et électronique dans l’interprétation qu’en donne Cédric Jullion.
Dialog/No Dialog
Je disais tout à l’heure que cette pièce évoquait, par instant, l’agitation d’un adolescent turbulent, je dirais, après l’avoir une nouvelle fois écoutée, qu’il y a dans cette musique, surtout dans sesq dernières mesures, quelque chose de minéral, quelque chose des matières minérales lorsqu’elles se mettent en mouvement.
Comme beaucoup de compositeurs de sa génération, Pierre Jodlowski n’hésite pas à accompagner ses pièces de commentaires techniques et… poétiques. Sur la partie technique peu de choses à dire, il s’agit d’une description des moyens mis en oeuvre, comme lorsque Jodlowski écrit, je le cite, que “ Dialog / No Dialog a été réalisée avec les moyens technologiques de l'IRCAM (traitement du signal, synthèse, transformations en temps-réel) et grâce au soutien financier du Mécénat Musical de la Société Générale .” Que l’amplification de la flûte a été obtenue, je le cite toujours, avec “ un couple de micros statiques placé au dessus du pupitre de l'interprète (prise de son de proximité) et un micro dynamique à l’extrémité de la flûte” et que les parties électroacoustiques ont été réalisées avec “un ordinateur macintosh (minimum G3-233 Mhz) / Programme Max/MSP, un processeur d'effet (reverb) pour le traitement de l'instrument, une interface, clavier et pédale MIDI ”. J’ajoute, pour ceux que cela intéresse que la diffusion en salle est assurée avec “ un système de diffusion traditionnel comprenant une console de diffusion, amplis et haut-parleurs. ” “ On prévoira , précise le compositeur, au minimum un couple de haut-parleurs pour l'amplification de l'instrument et 4 couples pour la diffusion des parties électroniques ”.
La partie poétique de ces textes, je dis poétique, mais il s’agit, plutôt, en fait, d’une tentative d’expliquer le projet n’est pas toujours éclairante. C’est “ un peu , je cite de nouveau Jodlowski, comme un duo au théâtre, deux situations, deux acteurs...
DIALOG : deux personnages sur scène. Figures, entrelacs, jeux de séduction et rapports de force. Tensions et réconciliations dans l'espaces des gestes et des timbres.
NO DIALOG : renfermement sur soi, dialogue intérieur, simultanéité fragile. De l’impossibilité parfois à “être” ensemble.
LES PROTAGONISTES :
- La flûte, sur scène. Véloce, bavarde, attendrie ou violente. Jeux de timbres, du son au souffle, jeux de registres et de vitesses, tension de l'écriture et transformations électroniques pour une projection dans l'espace.
- La voix, virtuelle. Dans ses apparitions dans les haut-parleurs, elle est chuchotée, chantée, parlée et articulée via les manipulations du studio ; elle se démultiplie, se métamorphose en phénomènes dynamiques, induit un champ (chant) harmonique et cherche, plus que tout, la rivalité et sa propre autonomie .”
Il y a tout cela, bien sûr, dans la pièce que nous venons d’entendre, mais il me semble qu’il y a mieux et plus. Mais c’est sans doute le sort de ces textes, de nous laisser toujours un peu satisfait. Revenons donc à la musique. Et à une pièce électroacoustique de 2001, composée d’après le joueur d’échec de Stefan Zweig : Mental Vortex, un titre qui rappellera peut-être quelque chose aux amateurs de rock puisque c’est, je crois le nom d’un groupe allemand assez connu. C’est une pièce en trois mouvements, commandée par une compagnie de danse, la compagnie l’Hélice de Myriam Naisy. Je vous propose d’entendre le 1er de ces trois mouvements où l’on retrouve ce souffle si présent dans les deux pièces que nous venons d’entendre.
Mental Vortex
Mental Vortex date de 2001. Dans un registre qui ne me parait pas si éloigné, avec en tout cas, un son proche, voici une pièce plus récente, de 2003, au titre étrange : Mixtion. Ce mot rare est trompeur. Il évoque la miction qui renvoie à cette fonction naturelle dont se préoccupent les urologues lorsqu’elle souffre de dysfonctionnements, mais il s’agit de bien autre chose, puisque mixtion veut dire mélange. Dans les arts plastiques ce mot désigne le mélange d'huile, de résines et de pigments qu’on utilise dans la technique de la dorure à liant huileux. Il s’agit de la sous-couche sur laquelle sont posées les feuilles d'or ou d'argent et qui sert à les fixer. Dans le monde musical, ce mot est utilisé pour décrire des mélanges de genres et pourrait, dans certains cas être remplacé par le plus traditionnel pot-pourri. Mais dans l’oeuvre que nous allons maintenant entendre, il retrouve on sens original de mélange, de liant, et l’on comprend que si Pierre Jodlowski l’a utilisé c’est parce qu’il n’est pas très éloigné du mot mixage.
Mixtion est une oeuvre courte que je trouve pour ma part particulièrement réussie.
Mixtion
Dans ses travaux les plus récents, Pierre Jodlowski mêle la musique et l’image, il associe à l’exécution de son oeuvre des projections et l’on voit simultanément sur la scène les interprètes et des films sur un grand écran. C’est une pratique qui se développe aujourd’hui chez de nombreux compositeurs qui paraissent tentés par la création d’oeuvres vidéo.
Il est à la radio assez difficile de rendre compte de la partie imagée, mais cela ouvre aux compositeurs de nouveaux espaces de diffusion : le DVD, bien sûr, mais aussi internet. Pierre Jodlowski possède, du reste, un site extrêmement bien fait, dans lequel on retrouve des extraits de plusieurs de ces compositions qui associent vidéo et musique. Son adresse : http://perso.wanadoo.fr/p.jodlowski
Voici donc deux extraits d’une de ces oeuvres pour vidéo : People/Time, qui date de 2003 et qui, on l’entendra, est une réflexion sur le temps, celui du métronome, mais aussi celui des cloches, des horloges, de la variation musicale, du frottement et du glissement. Réflexion qui parait un prolongement assez naturel de ces musiques bâties sur des respirations, attaques, regrets et reprises que nous entendions au début de cette émission.
People/Time
C’est avec un extrait de Géo-métries, une oeuvre récente, elle date de 2003, pour hautbois, violon, violoncelle et dispositif électronique que je vous propose de conclure cette rapide présentation de l’oeuvre d’un compositeur qui pourrait très bien être de ceux qui compteront demain dans le monde de la musique contemporaine. Il a un souffle, un style et l’on devine dans ces oeuvres, quand on les parcourt comme nous venons de le faire à l’allure d’un visiteur de musée qui ne s’arrête qu’un instant devant les toiles qui attirent l’oeil, une cohérence qui n’est certainement pas donnée à tous.
Geo-métries
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