émission du 12/6/6
 
La force de l’art
 
Compositeur
Oeuvre
Disque
Durée
Scelsi
Hyxos
 
Générique
Hurel
Loops I
Hurel, 5
5’53
Louise Bourgeois
C’est le murmure de l’eau qui chante
Bourgeois, 1
45”
Duchamp
Musical sculpture
Duchamp, 4
4’46
Bernardo Maria Kuszer
Even… The loudest sky
Ars subtilor, 3
6’34
Anthony Braxton
Composition n°10
Braxton, 1
11’38
Haubenstock-Ramati
Kreise
Graphic music, 1
9’12
Claire Renard
Nature
Helsinki, 3
3’45
Richard Rinjvos
Block Beuys
Block Beuys, 1
Ad libitum
 
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Philippe Hurel, Marceel Duchamp, Louise Bourgeois, Bernardo Maria Kuszer, Anthony Braxton, Roman Haubenstock-Ramati, Claire Renard et Richard Rinjvos.
Bonjour,
Philippe Hurel se plaint souvent du manque de culture musicale des intellectuels. Il raconte que lorsque dans un dîner de gens, par ailleurs intelligents et cultivés, il explique qu’il est compositeur, que c’est son métier, que c’est ainsi qu’il gagne sa vie, on lui parle des Beatles ou des Rolling Stones, on lui demande s’il fait de la musique de cinéma, ce qu’il pense de telle ou telle chanson à la mode, chanson dont il ne pense en général, on le devine, pas grand chose.
Cette inculture musicale est un trait de notre société que l’on observe jusque dans les milieux les plus ouverts, les plus attentifs à la scène artistique. J’en veux pour preuve la programmation musicale de l’exposition la Force de l’art qui se tient actuellement à Paris. Je ne dirai pas que cette programmation est inintéressante, ce serait faux, mais elle met en évidence une véritable coupure entre le monde de la musique contemporaine et celui des arts plastiques.
J’ai assisté à plusieurs de ces concerts, certains de qualité, d’autres moins, mais à leur écoute, à la lecture du programme des concerts auxquels je n’ai pas assistés, j’ai été frappé d’un sentiment étrange : je pénétrais dans un monde à part. Il y a une musique, mais aussi une poésie pour ce genre de grande manifestation artistique, qui ne sont pas celles qui intéressent le plus les professionnels ou les spécialistes qui travaillent aujourd’hui dans ces domaines.
Je prendrai comme exemple l’excellent concert d’hier, Prima la parole donné par Vincent Bouchot et ses amis. C’était, je le répète, un excellent concert, mais on aurait pu, à peu de choses près, entendre le même ou presque, il y a trente ans à la biennale de Paris. Il y avait des pièces de poésie sonore de Bernard Heidsieck, une sonate ou plutôt une piécette de Jean Tardieu, la sonate de Schwitters et des textes de Jacques Rebotier qui ressemblaient à ce qu’ont pu écrire Robert Filliou ou Brion Gysin. Seules dénotaient dans ce programme très avant-garde des années 70, les musiques de Pascale Criton et de Tom Johnson.
Qu’on m’entende bien, j’ai apprécié ce programme, je l’ai d’autant plus apprécié que mes auditeurs savent que je suis un ardent défenseur de la poésie sonore que je programme régulièrement dans cette émission, mais j’ai tout de même eu le sentiment que Vincent Bouchot, qui connaît bien le monde de la musique contemporaine, aurait fait d’autres choix s’il s’était trouvé devant un autre public.
Peut-être aurait-il fait entendre une des dernières pièces de Philippe Hurel, un extrait de sa série Loops qui vient de sortir en disque. Voici Loops I pour flûte interprété par Juliette Hurel.
Loops I
Parler d’inculture musicale à propos des plasticiens n’est pas tout à fait satisfaisant. Beaucoup, en fait, s’intéressent à la musique et en font. De manière très variées, très différentes. Louise Bourgeois dont on connaît les impressionnantes et inquiétantes sculptures a produit il y a quelques années un petit disque de chansons qu’elle a elle-même écrites. Je vous propose d’écouter celle qui donne son titre à ce disque “C’est le murmure de l’eau qui chante”.
C’est le murmure de l’eau qui chante
On est évidemment très loin de la musique contemporaine. Le reste du disque est d’ailleurs composé de pièces fredonnées qui empruntent beaucoup aux comptines et chansons enfantines.
Plusieurs artistes se sont intéressés à la musique, comme Jean Dubuffet, qui a fait un disque ou Marcel Duchamp qui a tenté d’appliquer à la musique les principes qu’il mettait en oeuvre dans ses compositions plastiques. Les résultats ne sont peut-être pas à la hauteur de ce qu’il a fait dans d’autres champs même s’il a appliqué les principes du hasard à la composition de manière systématique une cinquantaine d’années avant que Cage et quelques autres s’y engagent.
Voici donc Sculpture musicale, une pièce de Marcel Duchamp dont on ne connaît pas la date et que je vous propose d’écouter dans l’interprétation qu’en donne l’ensemble s.e.m
Sculpture musicale
Cette musique n’est pas sans rappeler celle de Rolf Julius, un sculpteur qui utilise la musique dans son travail auquel j’ai consacré il y a quelques mois toute une émission.
Une des caractéristiques de cette musique d’avant-garde pour peintre est la place qu’elle fait au jazz ou, plutôt, aux instruments que l’on connaît surtout dans le jazz mais transformés, modifiés par une écriture qui essaie d’en extraire des sons que les musiciens de jazz exploitent peu. Je n’ai pas d’enregistrement des pièces programmées dans cette série de concerts qui font appel au saxophone, il y en a eu plusieurs. À défaut, je vous propose d’écouter une pièce pour quatuor de saxophones d’un compositeur argentin qui a gardé quelque chose de ce son jazz dans une pièce qui relève, à n’en pas douter de la musique contemporaine.
Voici donc Even… the loudest sky de Bernardo Maria Kuczer. Il s’agit d’une pièce écrite en 1981 que je vous propose d’écouter dans l’interprétation qu’en donne Xaxas, un quatuor de saxophones qui associe Serge Bertocci, Jean-Michel Goury, Pierre-Stéphane Meugé et Marcus Weiss.
Even… The loudest sky
Dans un esprit voisin, on aurait pu entendre des pièces d’Anthony Braxton qui a toujours travaillé à la lisière entre le jazz et la musique contemporaine et donné des oeuvres tout à fait remarquables comme cette composition n°10
Composition n°10
Si les organisateurs de cette série de concerts avaient voulu explorer les relations entre musique et arts plastiques, ils n’auraient, bien sûr, eu que l’embarras du choix. Ils auraient pu programmer des oeuvres de Roman Haubenstock-Ramati, l’un des pionniers des partitions graphiques, un compositeur qui concevait ses partitions comme des oeuvres plastiques, demandant de ses interprètes un effort tout particulier d’imagination et de lecture. C’est le cas de Kreise, une pièce pour voix et percussion dont la partition de forme ronde rappelle certains tableaux de Kandinsky. La voici dans l’interprétation de Jan Williams.
Kreise
Sans doute pourrait-on m’objecter qu’il s’agit d’une oeuvre ancienne. Kreise date de 1972 et son compositeur, Haubenstock Ramati est mort depuis un peu plus de dix ans. Mais si les organisateurs de cette série de concerts s’étaient penchés sur ce que produisent les compositeurs actuellement en activité, il n’aurait eu aucune difficulté à trouver des oeuvres qui lorgnent du coté des arts plastiques, des performances, des environnements. Je pense, notamment, aux travaux de Claire Renard qui réalise des environnements, des spectacles ou si l’on préfère des performances. Claire Renard a également réalisé des portraits de ville, selon une technique cousine de celle utilisée par Luc Ferrari dans ses anecdotiques, un Luc Ferrari que les organisateurs de ces concerts ont eu la bonne idée de programmer. Mais puisque je parlais de Claire Renard, voici un extrait du portrait d’Helsinki qu’elle a réalisé dans sa musique des mémoires : Nature, une pièce dans laquelle on entend des voix, un peu comme dans des poèmes sonores à la Bernard Heidsieck que Vincent Bouchot, dont je parlais au début de cette émission, a eu la très bonne idée d’interpréter des oeuvres alors que l’on se contente en général de diffuser les enregistrements de l’auteur. Mais revenons à Claire Renard.
Nature
Je n’ai rien dit encore de l’exposition elle-même. On sait que la Force de l’art a été conçue comme une réponse aux grandes manifestations anglo-saxonnes, britannique et américaine, qui visent à mieux faire connaître l’art de ces pays. Son objectif avoué est d’aider les artistes français à mieux se faire connaître sur le marché de l’art où ils sont dépassés, et de loin, par leurs concurrents anglo-saxons, mais aussi allemands. Atteindra-t-elle son but? Je n’en suis pas certain tant il parait difficile d’y deviner une ligne directrice. Les organisateurs avaient choisi de confier à des professionnels, conservateurs, critiques… le soin de réunir, chacun, quelques artistes qui leur sont chers. L’idée était séduisante, le résultat crée plutôt la confusion, sinon peut-être dans un ou deux cas. Je retiendrai notamment les salles consacrées à Closky, un artiste conceptuel qui monte. On regrettera peut-être que le plus beau tableau exposé ait été de Pincemin, un artiste du groupe support-surface qui nous a quitté il y a quelques mois.
Au delà de cette déception, cette exposition m’a surtout frappé par l’absence de mémoire. On a, à la visiter, le sentiment, que les artistes présentés, souvent jeunes, ont mis de coté leurs grands anciens alors même qu’ils s’inscrivent dans leur pas. Ils réalisent des oeuvres qui ressemblent à ce que faisaient les artistes de la génération précédente, mais sans ce qu’il pouvait y avoir chez ceux-ci de révolté, de brutal, de révolutionnaire. Parmi tous ceux dont on ne devine pas, bizarrement, la trace il y a l’immense Joseph Beuys, l’un des très grands artistes de la fin du 20ème siècle. Et puisque nous parlons isi de musique, je vous propose, pour terminer cette émission consacrée à La Force de l’art, d’écouter une oeuvre que Richard Rinjvos a spécialement écrite en hommage à Beuys : Block Beuys,
Block Beuys, Raum I
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour retourner à la page d’accueil