émission du 15/05/06
Musiques à Marseille
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Roland Auzet, Jean-Louis Clot, Gérard Grisey, Philippe Leroux et Michaël Nick.
Bonjour,
Je vous propose, aujourd’hui, d’aller à Marseille pour y découvrir un festival de musique contemporaine particulièrement dynamique qui s’est ouvert le 12 mai et va se poursuivre jusqu’au 20 avec, chaque, deux voire trois concerts. Tous copieux, riches, passionnants, avec des opéras, des installations, des performances, des ballets.
Cette manifestation qui en rappelle d’autres dans d’autres villes de province, comme à Lyon, est organisé par le GMEM, le Centre National de Création Musicale de Marseille que dirige Rapahël de Vivo.
Le GMEM est, comme le Gramme de Lyon, une de ces institutions qui reçoivent en résidence des artistes, compositeurs et interprètes, qui met à leur disposition des moyens techniques, et organise régulièrement des manifestations, des concerts. L’un des effets les plus intéressants de ces institutions est d’avoir créé dans les villes dans lesquelles elles sont installées un véritable public pour la musique contemporaine. Raphaël de Vivo me disait avoir vendu 5000 billets à Marseille, dont 30% à des personnes qui sont venues plusieurs fois, ce qui veut que le “marché” de la musique contemporaine, disons, pour employer un vocabulaire plus aimable, son public dépasse, probablement, les 10 000 personnes. Ce qui n’est pas rien, surtout lorsque l’on sait que ce public est particulièrement attentif, chaleureux et jeune. Information que je tiens de gens qui ne sont liés ni au GMEM ni à Marseille et que confirme Raphaël de Vivo : “les artistes, me dit-il, sont toujours très heureusement surpris par la qualité de l’écoute et de silence de notre public.”
Cette année, ce festival qui fêtera ses vingt ans l’année prochaine, est organisé autour d’oeuvre plutôt longues qui font récit, un peu dans l’esprit de ces mélodrames du 19ème siècle qui racontaient une histoire musicale. Pour illustrer cette thématique, cette tendance, je vous propose d’écouter quelques extraits de Fatal Plumage, un opéra de chambre de Roland Auzet.
Roland Auzet est un enfant de Marseille, il y a fait ses études musicales avec Georges Boeuf avant de travailler à l’Ircam. Depuis quelques années, il a monté une troupe de théâtre musical ambulant qu’il a appelée le Cirque du Tambour. Son désir est de faire voyager la pensée musicale, de lui donner une couleur nomade et populaire.
Le nom de ce théâtre musical mérite deux mots d’explication. On comprend que le cirque renvoie au nomadisme, à la fête populaire, aux exploits des instrumentistes, à la machinerie qu’il met en oeuvre, et Roland Auzet est de ceux qui utilisent beaucoup dans leurs oeuvres les techniques informatiques et électr-acoustiques, mais le tambour vient de ce qu’il a été percussionniste et de ce que l’une des premières oeuvres qu’il ait données dans ce théâtre a été composée d’après le roman de Günther Grass dont le titre est, justement, La Tambour.
Fatal Plumage, dont nous allons entendre quelques extraits, raconte le vol d’Icare, d’après le récit qu’en donne Ovide dans les Métamorphoses. “le texte, dit la notice de présentation, est chanté. L’élément aérien sert de lien, réel ou métaphorique, entre le chant et les différentes techniques vocales utilisées.”
En voici un premier extrait, tiré du début de la pièce
7 à 10
Et puisque je vous parlais d’Icare, voici un extrait dans lequel, cette dimension mélodrame, récit que l’on suit, est plus évident à l’écoute :
Icare est là
Il y a dans cette oeuvre, une dimension scénique, théâtrale qu’il est difficile de rendre à la radio. Je cite de nouveau la présentation pour en donner une idée : “L’espace de jeu des chanteuses est constitué d’un plan incliné percé de trous : les corps sont absents, les têtes apparaissent différemment selon les scènes. Les hauts-parleurs entourent le public, créant des mouvements linéaires (droite-gauche, avant-arrière), mais aussi des plans musicaux (proche, médian, lointain).”
Le Flâneur de Jean-Louis Clot que le public marseillais va découvrir le 19 mai, s’inscrit dans cette même tradition du mélodrame ou, si l’on préfère, du théâtre musical. C’est un poème électronique en cinq séquences, sur un livret de Tiphaine Sarnoyault d’après L’homme des Foules d’Edgar Poe. Né en 1959, Jean-Louis Clot a une formation de guitariste qui l’a amené à jouer dans des groupes de rock, à faire du jazz avant de se spécialiser dans la musique électroacoustique, qu’il pratique notamment au GMEM, dont il est l’un des compositeurs les plus proches. Tiphaine Samoyault est romancière, elle a publié au Seuil et chez Maurice Nadeau des romans dont la construction et la structure parait très maîtrisée, un peu dans l’esprit de l’Oulipo ou de Georges Pérec, ce qui n’est pas surprenant lorsque l’on sait qu’elle a été associée à la nouvelle traduction de l’Ulysse de James Joyce.
Je le disais à l’instant, le Flâneur doit être créé dans quelques jours. Je n’ai donc qu’un enregistrement partiel d’une répétition, c’est plutôt un document de travail qu’un enregistrement officiel, dont nous allons écouter un extrait tiré du début de l’oeuvre où l’on voit comment la voix peut faire récit.
Séquence 01
Le Destivala de Marseille consacre naturellement une large place aux créations, mais Rafaël de Vivo, directeur artistique du Festival Les Musiques de Marseille, ne s’interdit pas les reprises. Le 15 mai, ce soir donc, à 21 heures, les spectateurs auront la possibilité de voir une chorégraphie d’Isabelle Van Grimde sur une des pièces les plus significatives du répertoire contemporain, le Vortex Temporum de Gérard Grisey.
Grisey dont on sait qu’il fut, avec Tristan Murail, l’inventeur de l’école spectrale a donné dans cette pièce dont nous allons entendre un extrait une belle illustration de ce travail qui consistait à aller au coeur du son pour le faire jouer, le contracter, le dilater…
Voici donc le Nouvel Ensemble Moderne dans une répétition de ce Vortex Temporum. Nous en entendrons la première partie.
Vortex Temporum
Au cours de ce Festival, on entendra des oeuvres d’une vingtaine de compositeurs, dont plusieurs de Philippe Leroux, des créations mais aussi des oeuvres plus anciennes de ce musicien qui s’inscrit dans la double filiation de Gérard Grisey et de Pierre Schaeffer. M.E est l’une de ces oeuvres. Je ne la connais pas et n’en ai pas d’enregistrement. A défaut, je vous propose d’écouter, une oeuvre au titre voisin mais à la formation différente : M. Sachant que Leroux est de ces compositeurs qui aiment bien reprendre leur oeuvre, les retravailler, construire sur des choses déjà écrites, j’imagine que M.E est une suite, une variation, des volutes, je ne sais comment dire, autour de ce M pour deux pianos , deux percussions et dispositif électronique, que je vous propose d’écouter dans l’interprétation qu’en donne
M
Parmi les créations, il y a Rain behind the eyes de Michaël Nick, un compositeur allemand qui vit et travaille en France et qui a eu un parcours insolite : s’il compose de la musique, il est aussi connu comme interprète, il est violoniste. Voici un extrait de l’oeuvre qu’il va présenter : Rain behind the eyes
Rain behind the eyes