Dissonances
Emission du 14/09/09
Minimalismes
Compositeur Titre Disque Durée
Scelsi Hyxos Générique
Bulfrogs Clef 2’21
Terry Riley 2 pièces piano Clef 6’30
Dave Heath Frontiers Minimalistes, 11 8’12
John Adams Shaker loops Minimalistes, 1 à 4 24’49
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec, aujourd’hui, des oeuvres de Terry Riley, Dave Heath et John Adams.
Bonjour,
En préparant l’émission de la semaine dernière consacrée aux prises de son, aux photographies sonores, j’ai trouvé sur internet un programme radio dédié à ces saisies de son : World ear project diffusé dans les années 70 sur KPFA, une radio communautaire, associative américaine, basée à Berkeley dans la baie de San Francisco, une radio soutenue par ses auditeurs, une cousine, en quelque sote, d’AligreFM, à ceci près que cette radio a des positions politiques radicales très affirmées et qu’elle diffuse beaucoup, beaucoup de musiques contemporaines, des expériences sonores, c’est un peu comme s toute la programmation d’Aligre était faite d’émissions comme Dissonances, Songs of praise… avec une équipe éditoriale venue du NPA ou de la Fédération anarchiste.
C’est sur cette antenne qu’Allen Ginsberg a, dans les années cinquante, cette radio est née en 1949, déclamé son très célèbre poème Howl. Sur cette radio, donc, il y a eu dans les années 70, une série d’émissions consacrée aux bruits, aux sons. Et dans cette série, j’ai trouvé ceci :
Peut-être aurez-vous reconnu les cris, peut-être faut-il dire le chant des crapauds buffle installés près d’un point d’eau, une rivière, sans doute. Pas n’importe quels crapauds, ceux qui se sont installés dans le jardin de Terry Riley. Et si cela m’a frappé, si je vous en parle, c’est que Riley est l’un des pères du mouvement minimaliste, auquel je faisais justement allusion la semaine dernière, un des compositeurs américains les plus intéressants, les pus doués, un très bon pianiste qui a tout à la fois composé des oeuvres expérimentales, joué de la musique contemporaine, il a été l’élève de Stockhausen, mais aussi du piano jazz. Et l’on entend un peu tout cela dans ces deux pièces pour piano que je vous propose d’écouter maintenant dans une interprétation des années 60 qui n’a fait l’objet d’aucune publication :
Cette pièce n’est pas minimaliste au sens propre, mais lorsque j’entends cette musique, je me demande toujours comment le compositeur qui l’a écrite, improvisée peut avoir donné naissance à un mouvement qui est aujourd’hui pour beaucoup synonyme de néo-romantisme. Ce n’est pas que Riley ou La Monte Young, les deux grands compositeurs minimalistes aient été le moins du monde néoromantiques, mais beaucoup de ceux qui les ont suivis le sont devenus ou ont pu prêter le flanc à la critique, comme Dave Heath, un compositeur britannique né en 1956 qui on l’entendra, a beaucoup écouté de musique de films, notamment de films de western.
The Frontier
Ce n’est qu’un exemple de cette musique que l’on pourrait appeler post-moderne, si l’on est aimable, réactionnaire, si on l’est moins. On pourrait en donner bien d’autres comme la musique de Rabinovitch-Barakovsky, un compositeur russe, qui a été l’un des premiers à composer des oeuvres minimalistes pour orchestre et qui affiche délibérément son sentimentalisme, ses préoccupations mystiques.
Pourquoi ce glissement d’une musique nourrie de toutes les avancées musicales du vingtième siècle à un retour à une musique qui semble avoir oublié tous les acquis du sérialisme? Les compositeurs que l’on interroge parlent souvent du public, de son désir d’entendre une musique plus facile. Il est vrai que ces musiques néo-romantiques, néo-tonales s’écoutent facilement.
S’écoutent-elles cependant comme la musique classique? Je ne n’en suis pas certain. Il me semble qu’il y a le plus souvent quelque chose de différent, qui vient probablement de la tentation mystique de beaucoup de compositeurs qui ont emprunté cette voie.
Certaines des meilleures oeuvres minimalistes, je pense notamment à celles de La Monte Young ont manifestement l’ambition de créer, à l’image des musiques orientales, indiennes, une atmosphère propice à la méditation. Je pense, notamment, à cette pièce de La Monte Young : Forty-two for Larry Flint qui fait allusion aux 42 coups de gong qui forment cette oeuvre dédiée à Henry Flint, un philosophe et artiste américain, ami de La Monte Young, un des pionniers de l’art conceptuel, au début des années soixante.
Expérimentale, cette musique l’est certainement. Expérience sur les sons mais aussi sur l’écoute qui n’est évidemment pas celle des amateurs de musique classique ou romantique. L’auditeur est invité à plonger dans le son, à s’y lover, à se laisser habiter par celui-ci. Les minimalistes n’ont pas été les seuls à travailler sur cette écoute, Scelsi, Feldman, ont fait de même, mais ils ont souvent favorisé une écoute que je dirai de confort. On est passé de la méditation orientale à la rêverie romantique occidentale. Une rêverie qui se nourrit de souvenirs, de mémoire, d’où ces musiques qui empruntent leurs thèmes au cinéma, aux musiques populaires, qui du coup, reviennent en arrière. Pa complètement en arrière. Ces compositeurs néo-romantiques n’écrivent pas comme leurs prédécesseurs du vingtième, ils se sont libérés des formes traditionnelles, ils en ont inventé de nouvelles, empruntées aux techniques de la musique électroacoustique, comme ces boucles que l’on retrouve souvent dans leur musique parfois même de manière explicite comme dans Shaker loops de John Adams, une oeuvre de 1978 qui fait allusion aux tremblements de la parole divine dans la tradition des shakers, une secte protestante.
Shaker Loops