émission du 5/6/6    
 
Comme un lundi… de Pentecôte
 
Compositeur
Oeuvre
Disque
Durée
Scelsi
Hyxos
 
Générique
Ligeti
Trio pour violon, cor et piano
Ligeti, 1 à 4
21’52
Stockhausen
Kklavierstück, I à IV
Stockhausen, CD1, 1 à 4
7’2
Cage
Variations II
Cage, 1
19’52
Berio
Glosse
Berio, 3
9’48
 
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Ligeti, Stockhausen, Cage et Berio.
Bonjour,
Un lundi de Pentecôte, il y a ceux qui travaillent et qui pestent contre les transports en commun qui ont leurs horaires du week-end et ceux qui ont un jour de congé, parfois un jour de RTT imposé, et qui ont du temps de libre. Chacun hésite un peu sur le comportement à avoir dans cette journée qui n’est plus tout  à fait fériée mais qui n’est pas non plus complètement travaillée. Chacun flotte dans une sorte d’étrange torpeur, d’hésitation dont on n’a, en vérité, guère envie de sortir tant elle est agréable.
C’est un peu le même sentiment que j’éprouve à l’écoute de certaines oeuvres de Ligeti et, notamment, de ce trio pour violon, corde et piano qui date de 1982 et qui se déploie dans une atmosphère légèrement indécise qui pourrait être improvisation réveuse si l’on ne savait que Ligeti a construit cette oeuvre de manière très précise avec, ce qui va très bien avec un lundi de Pentecôte, des allusions à des formes musicales anciennes, empruntées à la tradition, comme la chaconne et la passacaille.
C’est une belle pièce qui s’écoute sans inquiétude ni effort, comme l’on dit de certains plats qu’ils se mangent sans faim, pour le seul plaisir. Voici donc ce trio pour violon, corde et piano dans l’interprétation de Sashko Gawlorf au violon, Hermann Braun au cor et Eckart Besch au piano.
Trio pour violon, cor et piano
Difficile après cette oeuvre d’écouter des musiques trop bruyantes. Difficile également de programmer des oeuvres sans caractère ni originalité. Pour rester dans l’esprit de cette journée où chacun hésite encore sur ce qu’il convient de faire, où beaucoup sont, cependant, encore libre de choisir de travailler ou de rester chez soi, j’ai choisi une oeuvre qui faire la part à la liberté, à l’audace et dont le compositeur, lorsqu’il l’écrivait était encore dans l’incertitude quant à ce que pouvait être son avenir. Il s’agit des Klavierstücke, des pièces pour piano que Stockhausen écrivit au tout début de sa carrière. Pièces aujourd’hui entrées dans le répertoire, devenues en quelque sorte classiques et qui n’ont, cependant, rien perdu de leur force révolutionnaire.
On sait que Stockahusen a écrit onze pièces de cette série, de 1952 à 1954. Ce sont les quatre premières, qu’il a écrites en 1952 et 1953, que je vous propose d’écouter maintenant interprétées au piano par Herbert Henck.
Klavierstücke I à IV
On sait que Stockhausen a expérimenté des formules aléatoires dans ces oeuvres pour piano, mais il n’est certainement pas allé aussi loin dans celles-ci que John Cage dans ses Variations II, pièce de 1961 dont la partition est faite de plusieurs feuilles transparentes que l’interprétre superpose pour créer la partition qu’il va interpréter. Sur certaines de ces feuilles il y a des points de taille différentes et sur d’autres des lignes. La superposition crée tout à la fois un dessin et une oeuvre graphique et une partition que l’interprète doit mettre en musique.
Ce que fait admirablement Malcom Goldstein dans l’interprétation que nous allons maintenant entendre où il joue tout à la fois du violon et de l’harmonica de verre.
Variations II
Ces Variations II sont-elles une musique pour un lundi de Pentecôte? Sans doute si l’on pense à cette hésitation au petit matin où l’on ne sait plus très bien s’il faut se réveiller ou si l’on peut encore paresser au lit, moment délicieux où le moindre bruit dans la rue, dans l’immeuble devient pour le mélomane dont les oreilles ont été formées à l’écoute de John Cage, l’occasion de devenir le compositeur de ses propres musiques. Mais ces petits plaisirs n’ont qu’un temps. Il faut revenir sur terre et à mesure que la journée s’avance, réapprendre la discipline des semaines ordinaires, de celles où l’on sait que l’on se repose le dimanche et que l’on travaille le lundi.
Est-ce parce que ce disque est tombé sous ma main alors que je préparais cette émission? Est-ce parce que mon oreille soudain plus aiguisée a plus facilement reconnu un ordre dans cette pièce que dans les précédentes? Est-ce parce que le compositeur a mieux laissé deviner ses intentions ou dessiné d’une manière plus ferme la forme de ce quatuor? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu’il me semble que Glosse, une oeuvre pour quatuor à cordes que Luciano Berio a écrite en 1997 convient bien à ce moment que je veux décrire où l’on abandonne les plaisirs de l’ambiguïté de l’incertitude et de l’hésitation pour retrouver ceux du cours normal des choses.
Voici donc, interprété par le quatuor Arditti, Glosse de Luciano Berio.
Glosse
Ainsi s’achève, sur cette très belle oeuvre de Berio, de ce programme paresseux que j’ai composé pour une journée ambiguë…
 
 
 
 
 
 
 
 
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