émission du 07/03/05
Wolfgang Rihm
Compositeur |
Oeuvre |
Disque |
Durée |
|---|---|---|---|
Scelsi |
Hyxos |
générique |
|
Rihm |
Zweites Streichtrio |
Rihm, 5 |
4:52 |
Rihm |
In Nuce |
Rihm, 7 |
5:00 |
Bagatelle |
15:29 |
||
Kolchis |
4:28 |
||
Deploration |
12:27 |
||
Ceci est mon corps |
|||
Dies Tenebrae |
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Wolfgang Rihm
Bonjour, j’ai choisi aujourd’hui de consacrer cette émission au plus connu sans doute des musiciens contemporains en activité en Allemagne : Wolgang Rihm. Connu, Rihm l’est de tous les mélomanes allemands ou presque, parce qu’il est très actif depuis de nombreuses années. Quoiqu’encore relativement jeune, il est né en 1952, il a commencé à composer très tôt. Ses premières oeuvres disponibles en disque datent de la fin des années 60, comme ce trio pour violon, alto et violoncelle composé en 1969 il avait alors à peine 17 ans. Ce n’est certainement pas faire insulte à Rihm que de dire qu’il a écrit cette pièce sous influence, sous celle des musiciens de la deuxième école de Vienne, et notamment de Webern qu’il a découvert très jeune puisqu’il dit avoir dévoré, à 16 ans, le livre que lui a consacré le musicologue Walter Kolneder. C’est à ce moment là, après des années passées à improviser sur des pianos et des orgues de rencontre, qu’il a commencé des études musicales sérieuses avec des professeurs qui lui ont tout de suite enseigné les méthodes dodécaphoniques… On remarquera tout de même, au delà de ces influences, la facilité de ce jeune homme…
Zweites Streichtrio
C’était Zweites Streichtrio de Wolgang Rihm interprété par l’ensemble recherche. Une pièce écrite alors qu’il avait 17 ans, mais qui était, si l’on en croit ce qu’il raconte, loin d’être la première. Rihm semble avoir commencé de composer très tôt, dés l’âge de 8 ans, après avoir peint et inventé des histoires qu’il dictait à sa mère avant même d’avoir appris à écrire.
Facilité est le mot qui revient le plus souvent à l’esprit lorsque l’on pense à Wolfgang Rihm. Facilité d’écriture dont témoigne un catalogue et une discographie très abondants. Facilité aussi d’écoute. On dit beaucoup de la musique contemporaine qu’elle est difficile d’accès. Ce n’est pas vrai de celle de Rihm. Je dirai de sa musique qu’elle est facile, qu’elle s’écoute sans effort, qu’elle coule de source alors même qu’elle utilise toutes les techniques d’avant-garde, techniques qu’il maîtrise parfaitement et qu’il apprises auprès des meilleures maîtres, de Stockhausen, dont il a été l’élève au début des années 70, et de Klaus Huber, l’un des grands professeurs de composition de la seconde moitié du 20 ème siècle.
In Nuce, la pièce que je vous propose maintenant d’écouter a justement été écrite en 1994 à l’occasion du 70 ème anniversaire de Klaus Huber. Il s’agit d’une pièce pour alto, violoncelle et contrebasse que nous allons entendre interprétée par les musiciens de l’ensemble recherche.
In Nuce
Je disais, à l’instant, que Wolgang Rihm a maîtrisé très tôt les techniques de l’écriture contemporaine. Il fut aussi l’un des premiers musiciens élevés dans cette culture de l’avant-garde à s’en détacher et à s’en éloigner. Dès la fin des années 70, il commence à revenir à la tonalité et à exploiter les ressources de l’harmonie et des accords parfaits. Ce qui explique que l’on parle fréquemment à son propos de néo-romantisme. En fait, lorsque l’on écoute ses oeuvres, plus que d’un retour en arrière, il s’agit d’une tentative réussie de créer une musique simple, qui ne sonne pas savante et qui soit expressive, une musique qui parle à ses auditeurs, même si l’on ne sait pas toujours de quoi elle leur parle, une musique qui, pour dire les choses simplement, donne le sentiment de se soucier moins de la forme que de l’expression et du contenu. C’est évident dans cette Bagatelle pour piano écrite en 1977-1978 qu’il a dédiée au peintre Kurt Kocherscheidt et que je vous propose d’entendre interprétée par le pianiste de l’ensemble recherche : Klaus Steffes-Höllander.
Bagatelle
Bagatelle est, je l’ai dit, dédié à Kurt Kocherscheidt, un artiste avec lequel Wolgang Rihm semble avoir entretenu une complicité intellectuelle et artistique profonde. Il lui a dédié plusieurs de ses oeuvres et consacré des textes dans lesquels il montre son intérêt pour d’autres arts que la musique. Kolchis que je vous propose maintenant d’entendre est une oeuvre directement inspirée d’un tableau de ce peintre viennois mort il y a une dizaine d’années qui disait que s’il était facile de commencer une oeuvre, il était toujours très difficile de la terminer, que l’on pouvait toujours revenir dessus, ce qui n’est pas très éloigné de la manière dont travaillent certains compositeurs, je pense notamment à Boulez. Pour ce qui est de Rihm, s’il se pose la même question, il la résout tout autrement puisqu’il préfère créer des cycles, introduire l’oeuvre qui n’est peut-être pas complètement terminée dans une série. C’est, d’ailleurs, ce qu’il a fait avec Kolchis qu’il a intégré dans un tryptique. Nous entendrons cette pièce dans l’interprétation qu’en donne l’ensemble Recherche.
Kolchis
Wolgang Rihm a touché un peu à tout les genres, à la musique de chambre, au théâtre musical, à l’opéra, mais s’il est autant joué, c’est qu’il sait tout à la fois se renouveler et écrire toujours une musique très expressive. C’est une qualité que l’on rencontre dés ses premières oeuvres, que l’on trouve par exemple dans Deploration, une pièce pour flûte, violoncelle et percussions écrite en 1973, il n’avait alors, je le rappelle, que 21 ans.
Deploration
J’ai dit que le catalogue de Rhim était imposant. Il a beaucoup écrit, dans tous les genres, pour toutes les formations. Il a ainsi composé, en 2000, une passion selon Saint-Luc. On l’a compris, il s’agit d’un hommage à Jean-Sébastien Bach. Mais c’est aussi une réflexion sur l’Evangile, sur le christianisme, sur la souffrance un peu dans l’esprit des travaux de René Girard. Le christianisme est, en effet, cette religion dont le Dieu s’est fait, dans la passion, souffrance. C’est une religion qui a mis la souffrance au coeur de sa pensée.
Cette passion selon Saint-Luc associe des textes de l’évangile de Luc que Rihm a choisi parce ce que c’est, dit-il, celui qui a le moins été exploité par l’antisémitisme, et des poèmes de Paul Celan, le grand poète allemand pensionnaire, pendant de longues années, de la rue d’Ulm. Je vous propose d’écouter pour terminer cette émission deux extraits de cette oeuvre dont on ne devinerait pas, en l’écoutant d’une oreille distraite, qu’elle a été écrite par un élève de Stockhausen et un admirateur de Webern et Schönberg. D’abord son ouverture, Ceci est mon corps…
Ceci est mon corps
Puis, toujours extrait de cette Passion selon Saint-Luc, le dernier passage, Dies Tenebrae où l’on verra la parfaite maîtrise de Rihm dans l’écriture de musique chorale.
Dies Tenebrae
Pour retourner à la page d’accueil