émission du 8/05/06
 
Sciarrino, 2
 
Compositeur
Oeuvre
Disque
Durée
Scelsi
Hyxos
 
Générique
Sciarrino
Le ragioni delle conchiglie
Musique de chambre, 5
11’58
Sciarrino
All’aure in una lontananza
Fabbrica degli…, 1
10’13
Sciarrrino
Hermès
Fabbrica degli… 2
11’38
Sciarrino
Come vengono prodotti…
Fabbrica degli… 3
7’52
Sciarrino
Ouvertura
Aspern suite, 1
2’40
Sciarrino
La Malincornia
Musique de chambre, 3
5’32
Sciarrino
Centauro marino
Musique de chambre, 8
5’40
 
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Salvatore Sciarrino
Bonjour,
J’ai, en novembre dernier, diffusé de larges extraits d’un opéra de l’un des compositeurs italiens qui comptent sans doute aujourd’hui le plus dans la musique contemporaine : Salvatore Sciarrino. Je voudrais aujourd’hui revenir sur ce compositeur que j’écoute régulièrement depuis des semaines et dont la musique, je pense surtout à sa musique instrumentale, me parait chaque jour un peu plus importante.
Il s’agit d’une musique écrite au bord du silence qui n’est pas sans rappeler celle qu’Eliane Radigue a pu écrire pour des instruments traditionnels. Comme Radigue, Sciarrino demande à ses auditeurs de faire l’apprentissage d’une nouvelle écoute, plus attentive, plus intime, j’allais dire plus intérieure. Une écoute qui met au contact de la matière, comme si la musique était un moyen de connaissance, de découverte des phénomènes physiques que les mots ne permettent pas de décrire. Expérience troublante, fascinante qui le met un peu dans la lignée de cet autre grand inventeur de l’écoute moderne qu’est Morton Feldman.
Comme lui, il demande beaucoup de ses interprètes et d’abord respect infini de leurs collègues. Pas question pour l’un de voler la vedette aux autres sous peine de rendre l’oeuvre inaudible. La pièce que je vous propose d’écouter maintenant, Le Ragioni delle conchiglie, pour violon, deux altos, violoncelle et piano, en donne une belle illustration.
Le Ragioni delle conchiglie
Salvatore Sciarrino se présente comme un autodidacte. Il fut surtout particulièrement précoce puisque la première de ses oeuvres données en public l’a été en 1962,  alors qu’il n’avait que 15 ans, un âge où la plupart de ses confrères sont encore à l’école. Aujourd’hui, le compositeur né en Sicile en 1947, enseigne dans plusieurs conservatoires du nord de l’Italie.
La pièce que nous entendions il y a quelques instants date de 1986. Celle que je vous propose d’écouter maintenant, de 1977. Il s’agit d’une pièce pour flûte, mais on découvre à l’entendre, une parenté qui ne trompe pas : il y a une écriture, un style chez Sciarrino qui permet de reconnaître ses oeuvres, ce qui n’est pas vrai de tous ses contemporains. Ce style n’est pas sans rappeler celui du fildeferiste, à cette nuance près que le fil sur lequel se déplace Sciarrino et, avec lui, son interprète est tissé de silence. Voici donc, interprétée par Roberto Fabbriciani à la flûte :
All’aure in una lontananza
La flûte appelle le souffle et chez beaucoup de compositeurs celui-ci renvoie au corps, à la machine que l’interprète met à la disposition du musicien. Chez Sciarrino, il en va autrement, le souffle renvoie à l’instrument, il en est, au même titre que le silence, un composant, une molécule. C’est particulièrement frappant dans Hermès, une pièce de 1984 qui évoque, comme l’indique son titre, à la mythologie, Hermès était le Dieu des marchands, des voyageurs, c’était aussi le messager de l’Olympe, mais peut-être faut-il oublier ces références et se laisser aller à écouter cette oeuvre qui frôle avec le silence pour, de manière inattendue, redécouvrir cette idée du voyage. Au tout début de cette pièce, une attaque vive à la flûte est suivie d’un mouvement balancé, qui évoque, j’allais dire imite, celui d’une barque la nuit, sur une eau sombre, noire, mouvement lent qui n’est pas sans rappeler certaines pièces du dernier Liszt. Ce contraste entre les sons vifs, aigus, brutaux et le mouvement lent de ce que j’appelle une barque se poursuit longuement. Un peu plus tard, le registre de l’instrument s’élargit, il devient sifflet, percussion, caisse de résonance, écho avant de retrouver ses couleurs de flûte pastorale, instrument rustique du berger qui se laisse aller à la rêverie.
Il arrive lorsque l’on écoute une musique que l’on se laisse guider par le titre, que celui-ci vous donne des indications, des indices, qu’il vous aide non pas à comprendre, il n’y a rien à comprendre, mais à interpréter ce que l’on entend. Dans cette pièce, c’est un peu le contraire. C’est la pièce qui invite au voyage et cette idée de voyage qui amène Hermès. Je ne serais pas surpris que le titre soit venu au compositeur une fois cette pièce achevée. Mais j’ai beaucoup parlé, voici Herm!ès interprété comme la pièce précédente par Roberto Fabbriciani.
Hermès
On entendait dans Hermès, à une ou deux reprises, des sons qui évoquaient les percussions. On retrouve cette impression, j’allais dire cette illusion, travaillée de manière beaucoup plus systématique dans cette autre pièce de 1985 : Come vengono prodotti gli incantesimi? que nous entendrons toujours dans l’interprétation de Roberto Fabbriciani.
Come vengono prodotti gli incantesimi?
Je faisais il y a quelques minutes allusion à Frantz Liszt et au coté pastoral que peut prendre la flûte dans certaines parties des pièces que nous venons d’entendre. On a souvent lorsque l’on écoute Sciarrino le sentiment qu’il évoque des musiques anciennes. Ce n’est pas qu’il les cite ni même qu’il les copie mais plutôt qu’il les réinvente avec ses moyens, ceux de la musique d’aujourd’hui. Dans la pièce que nous allons maintenant entendre, il s’agit de l’ouverture de la suite Aspern, une ouvre vocale pour soprano et instruments, on a ainsi l’impression qu’il réinvente la musique baroque, je devrais plutôt dire l’orchestre baroque qui accompagnait le théâtre au 17 ème siècle.
Ouvertura
Nous avons commencé cette émission avec des oeuvres de Sciarrino pour musique de chambre. Je vous propose de la terminer de la même manière avec d’autres oeuvres de chambre, et d’abord avec une très belle oeuvre pour violon et alto : la Malincornia.
La Malincornia
Et puisqu’il nous reste quelques minutes avant de conclure, je vous propose de les passer avec une pièce pour clarinette, alto, violoncelle et piano qui évoque elle aussi la mythologie : Centauro marino
Centauro marino
 
 
 
 
 
 
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