émission du 04/09/06
 
Concerts, festivals
 
Compositeur
Oeuvre
Disque
Durée
Scelsi
Hyxos
 
Générique
Betsy Jolas
O Wall
Répertoires… D1, 3
10’36
Gérard Condé
Infusoire
Répertoires… D1, 6
10’07
Ivo Malec
Cantate pour elle
Malec, D2, 1
15’31
Alain Gaussin
Ogive
Répertoire, D2, 3
13’
Earle Brown
Music for Cello and Piano
Intercommunicazione, 7
8’11
 
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Betsy Jolas, Gérard Condé, Ivo Malec, Alain Gaussin et Earle Brown.
Bonjour,
L’été s’achève et, avec lui, cette saison des festivals qui nous permet de traverser la France de concert en concert et, si l’on n’a pas la chance de se déplacer, de rêver devant les programmes qu’un peu partout solistes et ensembles proposent au public mélomane.
Conçus pour satisfaire des amateurs en vacances, ces festivals sont rarement audacieux. Cette année, cependant, j’ai noté une inflexion originale, intéressante. De plus en plus d’interprètes proposent des programmes avec des pièces contemporaines. Disons, des pièces écrites ces cinquante dernières années. C’est un frémissement, une amorce, l’annonce que la musique contemporaine sort de son ghetto.
Est-ce que le public mélomane a évolué, a appris à apprécier ces musiques? C’est une hypothèse. Une autre hypothèse pourrait être que la concurrence incite les interprètes a enrichir leur catalogue, à sortir des répertoires classique et romantique, à s’ouvrir à d’autres musiques. Ce ne serait qu’un retour à une tradition ancienne. Avant guerre, les concerts associaient répertoire classique et répertoire contemporain. C’est au lendemain de la guerre seulement que s’est installé cette spécialisation des publics et des interprètes. On a en général attribué ce divorce à la musique elle-même, à ses dissonances, à ses audaces, à sa complexité, aux nouvelles habitudes d’écoute qu’elle demandait. J’y vois, pour ma part, plutôt, l’effet du disque.
Plus que le concert le disque est soumis aux contraintes du marketing. Il doit se vendre à un très grand nombre d’exemplaires et les acheteurs, surtout lorsqu’il était cher, avaient tendance à se reporter vers les oeuvres les plus connues, vers les compositeurs les plus réputés. Et comme l’on peut plus facilement comparer les interprétations qu’en concert, le disque a favorisé l’amélioration de la technique, de la qualité de l’interprétation, mais au prix d’une contraction du répertoire. Les difficultés de l’industrie du disque, la modification de l’économie de la musique ces dernières années, les baisses de vente des disques ont incité les interprètes à se retourner vers le concert, vers le spectacle vivant. C’est là qu’ils peuvent espérer gagner leur vie. Or, programmer un concert et programmer un disque sont deux choses différentes. On peut dans un concert faire preuve de plus d’audace, on peut introduire des oeuvres contemporaines, faire découvrir aux auditeurs des oeuvres qu’ils ne connaissent pas.
Si cette tendance à mêler les répertoires était particulièrement sensible cet été, certains groupes la pratiquent depuis des années. C’est le cas, par exemple, du Quintette Nielsen. Quintette d’instruments à vent qui a emprunté son nom à un compositeur à cheval sur le 19éme et le vingtième siècle, Carl Nielsen, qui a à son répertoire Mozart et Betsy Jolas.
De Betsy Jolas qui vient de fêter cette année ses 80 ans et à laquelle je consacrerai dans quelques mois une série d’émissions, je vous propose d’écouter, interprété par l’ensemble Carl Nielsen, une oeuvre de 1976 : O Wall
O Wall
Ce mélange des époques et des musiques suppose, naturellement, que les ensembles aient un répertoire. Ce n’est pas évident. Coincés dans leur ghetto, beaucoup de compositeurs contemporains ont écrit pour des formations insolites, peu conventionnelles. Ce qui rend, bien sûr, plus difficile de jouer leurs oeuvres dans des concerts mixtes où les interprètes cherchent des oeuvres qu’ils puissent jouer sans trop faire évoluer leur formation.
Infusoires, une oeuvre de Gérard Condé pour violon, flûte, clarinette, violoncelle et piano est une de ces oeuvres qui risque d’en souffrir. Ce qui est, bien sûr, dommage. Je vous propose de l’écouter dans l’interprétation qu’en donne l’Atelier de Musique de Ville d’Avray qui a commandé à de nombreux compositeurs des oeuvres pour cette formation.
Infusoires
Cette ouverture des programmes est en général sage, mais elle pourrait donner des concerts étranges, inattendus. Je pense au couple harpe, soprano qui a donné naissance à ces mélodies françaises de Gabriel Fauré, Reynaldo Hahn, Jules Massenet, César Franck, répertoire un peu fade qu’Ivo Malec a réveillé en 1966 avec Cantate pour elle, une pièce qui associe harpe, que joue dans l’interprétation que je vous propose Frédérique Garnier, voix de soprano, ici celle de Françoise Kubler, et bande magnétique.
Cantate pour elle
Tout aussi surprenant et intéressant pourrait être la combinaison dans un même concert de musique contemporaine et de musique baroque, de pièces composées à trois siècles d’intervalle pour clavecin et flûte. On pourrait imaginer, par exemple, d’associer à des pièces de Boismortier cette pièce d’Alain Gaussin, Ogive, qui date de 1977, que je vous propose d’écouter dans l’interprétation qu’en donne l’ensemble Triton avec Mie Ogura à la flûte et Fuminori Tanada au clavecin.
Ogive
Si l’association du clavecin et de la flûte invite à faire le grand écart et à sauter par dessus tout le répertoire de la musique classique et romantique, l’association du violoncelle et de piano invite à l’inverse à rapprocher des oeuvres, proches dans le temps, quoique très différentes dans le style. On pourrait ainsi construire un concert avec des oeuvres de Strauss et de Reger, deux compositeurs du tout début du 20ème siècle, et d’Earle Brown, un compositeur né en 1926 et surtout actif dans la seconde moitié du 20ème siècle.
D’Earle Brown, voici une Musique pour piano et violoncelle interprétée par Siegfried Palm au violoncelle et Aloys Kontarski au piano.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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