émission du 6/03/06
Compositeurs japonais
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Toshio Hosokawa, Yori-Aki Matsudaira, Jo Kondo et Makoto Shinohara.
Bonjour,
Quand on assiste à des concerts de musique contemporaine, on entend de plus en plus souvent des oeuvres venues d’extrême-orient, de Chine, de Corée, j’en ai diffusé quelques unes ici, mais aussi du Japon, pays dont on connaît mal et la musique et les musiciens alors même que la scène musicale y est vivante, dynamique. Plusieurs compositeurs intéressants travaillent actuellement dans ce pays. La plupart sont à cheval sur deux traditions musicales et jouent volontiers de l’une et de l’autre. Ils le disent dans leurs textes et on est tenté de les croire même s’il est parfois difficile à la seule écoute de leur musique de saisir leur projet. C’est d’autant plus délicat que la tradition musicale japonaise, ses sonorités très particulières nous sont devenues familières depuis que des compositeurs occidentaux les ont intégrées dans leur langage. Il y a quelques semaines, nous écoutions ici-même une oeuvre de Jerôme Combier, Ishi, pour piano et flûte japonaise, qui s’inspirait directement de l’atmosphère des temples zen que l’on peut voir à Kyoto.
Cette familiarité ne doit cependant pas nous empêcher d’écouter des oeuvres qui méritent qu’on s’y attarde. J’en ai choisi pour cette émission d’aujourd’hui quelques unes de compositeurs que je connais mal, je devrais dire, que je ne connais pas, pour la plupart, sinon par les quelques oeuvres que nous allons en écouter.
Plusieurs de ces compositeurs ont travaillé en Europe, ce qui explique peut-être que leur musique ne nous étonne pas plus. C’est le cas de Toshio Hosokawa. Né en 1955 à Hiroshima, il a étudié à Berlin à la fin des années 70 puis à Freiburg. Souvent joué en Europe, il a développé, dans la pièce pour flûte que nous allons maintenant entendre, une réflexion sur le corps et l’instrument, sur la manière dont le geste de l’instrumentiste, son souffle, peut contribuer à la texture musicale.
Cette pièce, dont le titre est plus germanique que japonais, Atem-lied, est interprété par Ebberhard Blum, son dédicataire.
Atem-lied
Je disais, en introduisant cette pièce que son titre sonnait plus germanique que japonais, il veut en fait dire, en allemand, chant du souffle, ce qui, on en conviendra, est tout à fait approprié.
On retrouve cette même réflexion sur le souffle chez un autre compositeur japonais : Yori-aki Matsudaira. Né en 1931, moins joué en Europe, mais connu au Japon où son père jouait un rôle important dans la vie musicale, il était lui aussi compositeur, Yori-Aki Matsudaira a composé cette pièce pour flûte et percussion que nous allons maintenant entendre en 1966. On y retrouve, d’ailleurs, l’esprit de cette époque, l’appel au hasard, l’introduction dans le titre du nom du dédicataire, en l’espèce le flûtiste qui la créa, ainsi que ce travail sur la voix et les improvisations vocales, si caractéristique de ces années.
Voici donc Rytmes pour Gazzelloni de Yori-Aki Matsudaira
Ryhmes for Gazzelloni
Si Yori-Aki Matsudaira était, dans la pièce que nous venons d’entendre, en phase avec ce qui s’écrivait à la même époque en Europe, on peut dire qu’Aquarelle de Jo Kondo, une pièce qui date de 1990, s’inscrit dans la tradition minimaliste qui a, si je peux ainsi m’exprimer, pris le pouvoir dans les universités américaines à la fin des années 60.
Né en 1947, diplômé de l’université de Tokyo, Kondo a poursuivi ses études aux Etats-Unis, à New-York, ce qui est à souligner puisque la plupart de ses confrères japonais, se tournaient plutôt vers l’Europe et, d’abord, l’Allemagne.
Il a d’ailleurs commencé sa carrière outre-atlantique avant de rentrer au Japon où il enseigne aujourd’hui à Tokyo et Hiroshima. On trouve aujourd’hui deux de ses disques chez les bons disquaires. Et c’est l’un de ceux-ci, que j’ai extrait Aquarelle, un duo pour percussion et piano de 1990 que nous allons maintenant entendre interprété par l’Ensemble l’art pour l’art.
Aquarelle
Ce qui est dans cette pièce assez frappant est la manière dont le compositeur détache chaque son, lui donne sa liberté, une liberté réduite aux acquêts si j’ose dire puisque l’auditeur est pris dans une maille, dans un réseau. Quoique isolé et comme entouré de silence chaque son ne vaut que par ce qui l’entoure, la résonance des sons voisins, les variations de hauteur. C’est une musique qui, comme souvent, les musiques minimalistes, bouge insensiblement, de manière presque invisible. On pense, en l’écoutant à cette tortue grecque qui allait plus vite que la flèche d’Achille.
De ce même Jo Kondo, je vous propose d’écouter aussitôt une autre pièce, un peu plus ancienne puisqu’elle date de 1980, pour flûte, clarinette, harpe et percussions, que le compositeur a écrite de retour au Japon après un long séjour aux Etats-Unis. Son titre en témoigne : Un style insulaire. La musique en témoigne-t-elle également? A vous de juger.
An Insular Style
Si cette oeuvre a, de l’avis même de son compositeur, quelque chose de folklorique, il parle à son propos d’un air de folklore d’une île imaginaire,air que l’on pourrait imaginer emprunté à un chant de marche dans une montage qui oppose de la résistance à ceux qui la grimpent, si, donc, cette musique peut avoir quelque chose de folklorique, on ne peut certainement pas dire la même chose de Passage, l’oeuvre de Makoto Shinohara avec laquelle je vous propose d’achever cette émission.
Makoto Shinohara est né en 1931 à Osaka. Il a été l’élève de Messiaen et de Stockhausen. Passage date de 1980 et utilise les possibilités de la technologie qui permet, un peu à la manière de ce qui se fait à l’Ircam, de faire circuler le son dans l’espace.
Passage