Bernard Girard

Emission du  28/09/09

Pianos prŽparŽs, 2

 

 

Compositeur

Titre

Disque

DurŽe

Scelsi

Hyxos

 

GŽnŽrique

Salis

Nightmare N.20

Salis, 10

12Ġ34

Bolleter

Unfinished Business

Clef

11Ġ20

Bolleter

Under Rockwood

Clef

14Ġ02

Bolleter

That time

Clef

26Ġ

 

 

 

Dissonances, une Žmission de Bernard Girard consacrŽe ˆ la musique contemporaine avec, aujourdĠhui, des oeuvres dĠAntonello Salis et Ross Bolleter.

 

Bonjour,

Nous avons la semaine dernire entamŽ une promenade dans le rŽpertoire du piano prŽparŽ, de ces pianos dans lesquels les interprtes glissent divers objets pour en modifier la sonoritŽ. Cette premire excursion nous a fait dŽcouvrir les oeuvres de Cage mais aussi celles de Chritian Wolff, de tephen Scott et de quelques autres, dont Ross Bolleter auquel sera, comme promis, consacrŽ lĠessentiel de cette Žmission.

JĠaurais pu Žgalement vous faire entendre des oeuvres dĠAnnea Lockwood, de Nam June Paik, de Raphael Ortiz, de Karl-Erik Welin, de Franois RenŽ Duchable ou de Joseph Beuys qui tous ont prŽparŽ, transformŽ, martyrisŽ, dŽtruit, brulŽ des pianos. De manire parfois extrme. Ainsi, Karl-Erik Welin a donnŽ en 1964 un concert dans lequel il a interprŽtŽ une pice de E.Liber, Rendez-vous 1963, qui lĠa amenŽ ˆ dŽtruire son piano avec tant dĠŽnergie quĠil sĠen est blessŽ et quĠil a du tre conduit ˆ lĠh™pital. Dans un autre concert, Welin a organisŽ les funŽrailles de son piano, un geste quĠa repris il y a quelques annŽes Franois RenŽ Duchable qui a annoncŽ dans une interview que le piano est le Òsymbole dĠune certaine bourgeoisie et de la sociŽtŽ industrielle qui devrait tre dŽtruite.Ó De lˆ ˆ imaginer des concerts o lĠon dŽtruit des pianos il nĠy a quĠun pas que Duchable a effectivement franchi. Au moins en rve, ce que Raphael Ortiz et Annea Lockwood ont fait en vrai puisquĠils ont organisŽ des concerts dans lesquels on dŽtruisait effectivement des pianos, on les noyait ou les bržlait.

Il est malheureusement trs difficile de trouver des enregistrements dĠoeuvres qui relvent souvent plus de la performance ou du happening que des productions musicales classiques. Et qui renvoient souvent aux annŽes 70, au mouvement Fluxus.

Mais comme souvent, ce type de recherche permet de dŽcouvrir des choses inattendues. CĠest ainsi quĠun disquaire parisien de chez Harmonia Mundi, cha”ne dont les boutiques sont tenues par des vendeurs cultivŽs et de trs bon conseil, vendeur auquel je demandais sĠil avait des disques de Sophie Agnel, une pianiste franaise, spŽcialiste du piano prŽparŽ, dont nous Žcouterons la semaine prochaine des oeuvres, mĠa recommandŽ dĠŽcouter Antonello Salis, un pianiste italien ˆ cheval sur lĠimprovisation et le jazz que je ne connaissais pas et qui, lui aussi, utilise des instruments prŽparŽs, des pianos mais aussi des accordŽons dont il tire des sons trs Žtranges mme si, on lĠentendra, sa musique reste trs jazzy. Mais puisque cette Žmission est consacrŽe au piano, cĠest une de ses oeuvres de piano prŽparŽ que je vous propose de dŽcouvrir maintenant : Nightmare N.20

Nighmare N.20

Salis est nŽ en 1950 en Sardaigne. Dans la meilleure tradition du jazz et du rock, il a appris lui-mme ˆ jouer de lĠaccordŽon puis du piano. Un autodidacte, en somme. Et cĠest dĠailleurs dans des groupes de rock quĠil a commencŽ sa carrire musicale dans les annŽes 70 avant de se lancer dans lĠimprovisation et dans le jazz, ce qui lui a permis de travailler avec des plus grands noms de cette musique, comme Don Cherry, Cecil Taylor, lĠArt ensemble of ChicagoÉ

Mme lorsquĠelle utilise un piano prŽparŽ, la musique dĠAntonello Salis reste assez sage. Sage en tout cas comparŽ ˆ celle de Ross Bolleter, un australien qui a eu, lui aussi, une Žducation musicale peu conventionnelle puisquĠil a commencŽ par des improvisations avant de suivre des Žtudes musicales systŽmatiques, Žtudes qui lĠont mis en contact avec les oeuvres de lĠavant-garde europŽenne, celles de Boulez et Stockhausen, notamment. A la suite de ces Žtudes, il sĠest mis au piano prŽparŽ, ce qui lui a permis dĠexplorer de nouveaux timbres.

Puis, et cĠest ce qui nous occupera pour le reste de cette Žmission, il sĠest lancŽ dans une aventure insolite : celle de rŽunir, collectionner des pianos abimŽs, abandonnŽs, ce quĠil appelle des pianos ruinŽs. Il est, je lĠai dit, australien, et il a commencŽ ˆ Žcumer lĠAustralie ˆ la recherche de ces instruments que plus personne ne jouait et que lĠon pouvait trouver un peu partout : dans une grange, dans un grenier, au fond dĠun cave, au sommet dĠune colline. Comme tout bon collectionneur, il a commencŽ par faire des fiches sur chacun de ces pianos. Et il a crŽŽ, avec Stephen Scott, autre compositeur dont nous avons entendu la semaine dernire une oeuvre, une association, Warps, World Association for Ruined Piano Studies, et une sorte de musŽe o lĠon peut voir toutes sortes dĠinstruments dans des Žtats plus ou moins avancŽs de dŽconstruction.

Et puis, bien sžr, il sĠest mis ˆ jouer de ces instruments, ˆ improviser puisque le processus de dŽconstruction est continu. Et cela donne des musiques dĠune Žtonnante richesse de timbre, comme dans ce Unfinished business extrait dĠun album, Crow country, le pays des corbeaux, quĠon ne trouve pas chez les disquaires parisiens, mais que lĠon peut acheter sur internet, notamment sur itune.

Unfinished business

On retrouve ces mmes timbres et sons quĠon nĠassocie pas ˆ un piano dans Underoockwood, une oeuvre quĠil a Žcrite pour un film sur Rockwood, un faubourg de Sidney, et qui semble accompagnŽe par des instruments ˆ cordes, une contrebasse, peut-tre. Je ne peux vous en dire beaucoup plus, lĠun des dŽfauts de la distribution de disques sur internet et, notamment sur iTunes, et que lĠon nĠa aucune indication sur les oeuvres, aucune notice. On ne sait ni la date ni la formation musicale, ni rien de ce qui accompagne lorsque lĠon achte un disque la musique. Mais aprs tout peu importe.  Cela force ˆ Žcouter de manire plus attentive une musique qui, il faut le reconna”tre, ne ressemble ˆ rien dĠautre, qui a, par moments, une profondeur Žtonnante. Profondeur musicale, comme on lĠentendra dans quelques instants, avec ces jeux de timbres, des vibrations, ces percussions.

Under Rockwood

Mais je dirai quĠil y autre chose dans cette musique. Je faisais allusion tout ˆ lĠheure ˆ ces pianistes plus ou moins liŽs au mouvement fluxus et ˆ lĠavant-garde des annŽes 70 qui dŽtruisaient des pianos, qui voyaient dans cet acte extrme un geste politique, radical. Bolleter est dans une toute autre dŽmarche, il rŽcupre, il sauve, il reprend, rŽexploite. Il y a chez lui quelque chose de ces pauvres que lĠon rencontre en Afrique qui rŽcuprent des vieux pneus pour en faire des semelles de chaussures ou de lĠallume feu ou, peut-tre, plus profondŽment, de ces paysans dĠavant la rŽvolution industrielle qui faisaient feu de tout bois et pour lesquels tout, mme les rebuts avaient de la valeur.

Ë lĠinverse de ceux qui, en enfants g‰tŽs, nĠaimaient plus leur piano, il aime tellement le piano quĠil le conserve mme lorsquĠil est usŽ, cassŽ, abimŽ et il nous prouve que lĠon peut en faire quelque chose. Et quelque chose de naturel, comme dans cette pice un peu longue, elle dure une vingtaine de minutes, que je vous propose maintenant dĠŽcouter o lĠon a parfois le sentiment quĠil nĠy a personne, juste des instruments abandonnŽs ˆ la nature, au vent, ˆ la pluie qui se laissent jouer tant quĠil leur reste ce que lĠon pourrait appeler un peu de vie. Ce quĠil fait avec That time (simulplay 2).

That time (simulplay 2)