émission du 9/05/05

Sculptures sonores

Compositeur

Oeuvre

Disque

Durée

Scelsi

Hyxos

 

générique

Pierre Henry

Spatiodynamisme

P.Henry, cd 2, p. 3

8’41

Henri Pousseur

Forges

Pousseur, 4

8’15

J.F.Cavro

Dynamic Sound Sculpture

Dynamic… de 1 à 11

± 8’

Edgar Varese

Poème électronique

Varése, cd1, p.3

8’02

Nam June Paik, Takis

Duett

Nam June Paik, 4

ad libitum

Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Pierre Henry, Henry Pousseur, Jean-François Cavro, Edgard Varese, Nam June Paik et Takis, toutes oeuvres qui ont à voir avec la sculpture.

Bonjour,

C’est une exposition que l’on peut voir actuellement à Londres à la Tate Modern qui m’a donné l’idée de cette émission. Tous ceux qui sont allés à Londres connaissent ce musée d’art moderne, contemporain, installé dans une ancienne centrale électrique au bord de la Tamise, à quelques centaines de mètres de la cathédrale Saint-Paul et se souviennent de la grande halle que l’on emprunte pour entrer dans le musée. un espace immense, très profond, il doit faire plus d’une centaine de mètres, très large et très haut de plafond, l’équivalent d’au moins 6 ou 7 étages d’un immeuble hausmannien.

Dans cet espace vide, sombre, tout dans des couleurs marron, rouille, très difficile à meubler, à remplir, Bruce Naauman a installé des hauts parleurs qui diffusaient chacun des textes qu’il a écrits, textes expérimentaux, répétitions de mots, de bouts de phrase que l’on n’entend vraiment que lorsque l’on est à proximité du haut parleur. Autrement, on n’entend qu’une sorte de bruit sombre, de brouhaha qui n’évoque rien de ce que l’on connaît sinon peut-être certaines poésies phonétiques ou certaines oeuvres de musique électronique. Les spectateurs glissent d’un haut-parleur à l’autre, d’un environnement sonore à l’autre, ils exercent leur écoute et l’on a au bout de quelques instants, quelques dizaines de secondes, tout au plus quelques minutes, l’impression d’être devenu pièce mobile d’une immense sculpture cinétique.

Un disque de cette oeuvre existe, je ne l’ai malheureusement pas, mais on peut se faire une idée de cette oeuvre sur le net en allant sur le site de la Tate Modern qui a consacré plusieurs pages à cette oeuvre tout à fait étonnante ( http://www.tate.org.uk/modern/exhibitions/nauman/ )

Si cette impression d’être partie d’une sculpture est originale et nouvelle, le mélange des musiques et des volumes ne l’est pas complètement. Plusieurs compositeurs du vingtième siècle ont travaillé avec des sculpteurs, se sont intéressés à cette dimension toute particulière de l’espace qui permet de diffuser la musique de manière originale.

Les artistes cinétiques ont longuement collaboré avec les musiciens. C’est notamment le cas de Nicolas Schöffer pour lequel Pierre Henry a créé en 1954 une pièce appelée Spatiodynamisme . Il s’agissait de sonoriser la tour cybernétique tout en métal et de 50 mètres de haut que le sculpteur avait construit pour une exposition au Parc de Saint-Cloud. Pour réaliser cette pièce Pierre Henry a enregistré les sons que font les pièces de Nicolas Schöffer, sons qui ne sont pas sans rappeler ceux de ces petites pièces métalliques qu’on laisse flotter au vent dans les jardins. L’idée était de laisser à la nature le soin d’intervenir dans la composition de l’oeuvre, c’est elle (le vent, la pluie) qui déclenche les séquences sonores. On n’est, avec cette oeuvre, pas très loin de ces sculptures musicales dont nous parlions il y a quelques semaines avec Gérard Nicollet. Avec cependant cette nuance : Pierre Henry est un grand compositeur, ce qui n’est pas toujours le cas des sculpteurs dont parlait Gérard Nicollet et cela s’entend.

On retrouve dans cette pièce des sons de cloche qui rappellent que Pierre Henry a souvent abordé dans sa musique des thèmes évoquant la religion. Voici donc Spatiodynamisme :

Spatiodynamisme

L’art cinétique et, notamment, les oeuvres de Nicolas Schöffer ont suscité l’intérêt d’autres compositeurs. Je pense à Henri Pousseur qui a composé, au tout début des années 60, une longue pièce électronique pour accompagner le spectacle de formes et de lumières que le sculpteur avait conçu pour le Palais des Congrès de Liège. Cette oeuvre n’a pas fait long feu puisqu’elle a rapidement été remplacée par une musique plus “légère”, mais elle est doublement intéressante : elle met en évidence l’évolution du travail d’Henri Pousseur dont les premières pièces s’inscrivaient dans l’idéologie sérielle, dodécaphoniste, au même titre que celles de Stockhausen et Boulez, elle souligne aussi l’intérêt de ce compositeur pour la musique électronique qu’il a découverte dès les années 50 dans les studios de la radio de Cologne.

Trois visages de Liège , c’est le titre de cette pièce est assez longue puisqu’elle dure un peu plus de 20 minutes, comprend trois morceaux qui mèlent bruits naturels, sons électroniques et voix humaines. Successivement : l’air et l’eau, Voix de la ville et Forges. C’est ce dernier morceau, le plus “physique”, je vous propose d’écouter.

Forges

Les voix qu’on entend dans Trois visages de Liège sont dans certains passages au moins traitées un peu comme dans les paysages urbains de Jean-François Cavro qui exploite lui aussi des bruits de la ville. Si je cite aujourd’hui ce compositeur auquel je consacrerai dans quelques semaines une pleine émission, c’est qu’il a lui aussi écrit une sculpture musicale : Dynamic sound sculptures for Kollapsed cities , dont je vous propose d’écouter un large extrait.

Dynamic sound sculptures

Parler de sculpture musicale à propos du Poème électronique qu’Edgar Varèse a composé en 1957 pour le pavillon est sans doute excessif. Et cependant cette musique appartient bien à la même famille. Il s’agit là encore d’habiter un espace, de le construire musicalement. C’est une musique que Varèse a composée sur bande pour le Pavillon Philips qu’avait construit Le Corbusier à l’exposition universelle de Bruxelles de 1957/1958. La pièce devait être projetée dans l’espace au travers de 400 hauts-parleurs. Elle a été créée dans les laboratoires de Philips à Eindhoven et quoique transcrite sur disque elle conserve une force extraordinaire qui en fait un des chefs d’oeuvre de la musique sur bande et nous rappelle combien Edgard Varese était un grand compositeur.

Poème électronique

Je voudrais terminer cette émission consacré aux sculptures musicales à une oeuvre étrange de l’un des pères du mouvements Fluxus, de l’un des inventeurs de l’art vidéo : Nam June Paik. Il s’agit d’une pièce, Duett , assez longue, elle dure 25 minutes, qu’il a créée avec un sculpteur, Takis, que l’on présente parfois comme un artiste cinétique, mais que l’on connaît surtout pour des oeuvres utilisant l’électricité et les aimants. Takis a cependant réalisé des sculptures musicales en utilisant des cordes de piano. Ce sont ces sculptures que nous allons entendre à coté des improvisations pour voix et piano de Nam June Paik dans cette pièce qui date de 1979 et qui a, de manière un peu surprenante, une allure plus légère, moins avant-garde que ce que nous avons jusqu’à présent écouté et qui demande une écoute un peu flottante.

Duett

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