émission du 20/02/06
Quand les musiciens s’approprient les nouvelles technologies
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Compositeur |
Oeuvre |
Disque |
Durée |
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Scelsi |
Hyxos |
générique |
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Francis Dhomont |
Un autre printemps |
Jalons, 6 |
6’09 |
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Eimert/Beyer |
Klangstudie II |
Cologne - WDR, 3 |
4’30 |
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Dan Trueman |
Traps |
Machine Langage, 2 |
8’36 |
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Robin Rimbaud |
Phantom signals |
Virtual Music, 2 |
5’50 |
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Golan Levin & alii |
Dialtones (a Telesymphony) |
Virtual Music, 11 |
8’23 |
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Choloniewski |
GPS-TRans 3 |
Virtual Music, 6 |
3’42 |
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Choloniewski |
GPS-Trans 3 |
Virtual Music, 14 |
4’05 |
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Reich |
City Life |
Reich, 2 et suivants |
ad libitum |
Dissonances, une émission de Bernard Girard consacrée à la musique contemporaine avec aujourd’hui des oeuvres de Francis Dhomont, Herbert Eimer, Dan Trueman, Robin Rimbaud, Golan Levin, Malek Chonoliewski et Steve Reich.
Bonjour,
On sait ce que la musique contemporaine doit à la technologie, à l’invention dans les années 50 du magnétophone qui a permis à la musique concrète de développer ses sons magiques, de mixer, comme dans la pièce de Francis Dhomont que nous allons entendre dans quelques instants des sons naturels et des sons manipulés, traités, transformés par des machines. Mais on le verra tout au long de cette émission, le magnétophone n’est que l’un des outils que les compositeurs ont à leur disposition. Depuis quelques années, leur palette, si je puis ainsi m’exprimer, s’est grandement étoffée. Mais, puisque je parlais de musique concrète et de Francis Dhomont, voici donc, pour commencer cette émission, un oeuvre de ce musicien, français, qui s’est installé au Québec où il a contribué à créer ce que l’on a pu appeler l’école de Montréal. J’ai choisi, pour illustrer tout à la fois son travail et l’utilisation du magnétophone, une oeuvre récente, elle date de 2000, qui associe des bruits naturels, ceux de l’eau qui coule, qui déborde, eau du dégel, eau du printemps qui approche, c’est bientôt de saison, et références musicales, en l’espèce référence aux très célèbres quatre saisons de Vivaldi.
Voici donc Un autre printemps de Francis Dhomont, un morceau composé pour un film mais qui gagne à être écouté pour ce qu’il est une pièce de musique pure.
Un autre printemps
Si les compositeurs qu’intéressaient la technologie ont, en France, surtout exploité les possibilités du magnétophone, de l’autre coté du Rhin, c’est l’électronique qui a fasciné les compositeurs, notamment ceux qui travaillaient à Cologne dans les studios de la radio locale, la WDR. L’utilisation de ces outils électroniques a donné une musique très facilement reconnaissable et très différente quant au rendu sonore de la musique concrète. Les contraintes de l’outil rendaient plus difficile une approche sensuelle, baroque du son, imposaient une plus grande rigueur, d’où une musique souvent plus proche de ce que composaient alors les musiciens de l’avant-garde sérielle, dodécaphonique.
Peu connu de ce coté-ci du Rhin, Herbert Eimert, est l’un des pionniers de cette musique électronique. Ce musicien chassé dans les années 20 du Conservatoire pour avoir écrit un livre sur la musique atonale, devenu journaliste, a créé au lendemain le studio de musique électronique de Cologne. C’est lui qui, conscient, dit-on, des limites de ses capacités, a invité Stokhausen qui fut, on le sait, celui qui donna ses lettres de noblesse à la musique électronique.
Mais nous avons souvent eu l’occasion d’entendre des pièces de Stockhausen et je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir une oeuvre que Eimert a écrite avec Robert Beyer, un ingénieur du son, qui fut pendant toutes ces années de découverte son complice : Klangstudie II. C’est une oeuvre austère, qui ne prête guère à la rêverie que je vous propose maintenant d’écouter, une oeuvre qui témoigne de la volonté de ces compositeurs d’explorer un univers maigre, économe pour en tirer le meilleur. Klangstudie date de 1952, une époque où les moyens techniques étaient particulièrement réduits. Ce qui n’interdit pas de composer une musique qui reste 50 ans plus tard plus qu’un témoignage.
Klangstudie II
Dans les années 80, avec l’arrivée des PC bon marché, nombreux sont les compositeurs qui se sont intéressés à l’informatique. Ils n’étaient pas les premiers, Barraud, qui travaillait chez IBM, Xenakis avaient exploré les possibilités de ces technologies. Mais, si les pionniers, inspirés par les recherches des spécialistes de l’intelligence artificielle s’étaient surtout intéressés à l’utilisation de l’informatique dans l’écriture, les compositeurs des années 80 ont plutôt cherché à intégrer l’outil informatique dans l’exécution de la musique. On sait l’importance des travaux menés à Paris, à l’Ircam, dans ce domaine. Mais c’est l’oeuvre d’un violoniste et compositeur américain peu connu, Dan Trueman, que je voudrais vous faire découvrir : Traps. Cette oeuvre, extraite d’un disque dont le titre dit l’intérêt pour la technologie, Machine Language, repose sur l’utilisation d’un ordinateur qui capte les sons que produit l’interprète, ici le compositeur qui joue du violon électrique, et les transforme en appliquant un algorithme relativement complexe qui transpose les notes jouées. Ce qui crée un dialogue entre deux voix que je trouve plutôt séduisant.
Je précise, pour la petite histoire, et parce que le compositeur le dit dans le livret qui accompagne son disque, que Traps a été composé en mars 2003, au moment où l’armée américaine envahissait l’Irak.
Traps
Pour les plus jeunes d’entre nous, magnétophone, électronique, micro-ordinateurs ne sont plus tout à faite des technologies nouvelles . On ne peut pas en dire autant d’internet, de la téléphonie mobile, du GPS ou de ces scanners que certains utilisent pour écouter les communications de la police. Que l’on puisse faire de la musique avec ces outils surprendra sans doute plus d’un et c’est bien, pourtant, ce que font plusieurs jeunes compositeurs tant en Europe qu’aux Etats-Unis.
Je parlais à l’instant du scanner, cet objet qui permet d’entendre, d’écouter des conversations téléphoniques. Robin Rimbaud , un compositeur britannique qui a aujourd’hui 41 ans, en a fait son instrument. Il construit ses concerts à partir des conversations téléphoniques écoutées en direct, qu’il manipule, transforme avec des outils informatiques. Le résultat est naturellement très troublant puisqu’il transforme les auditeurs en voyeurs, avec à l’occasion des situations inquiétantes, troublantes. William Duckworth, l’auteur de Virtual Music 1 , un livre sur ces pratiques qui m’a servi de guide pour cette émission, raconte qu’il a arrêté un concert lorsqu’il captait les conversations téléphoniques de deux personnes qui organisaient les funérailles d’un proche.
Dans l’extrait que nous allons maintenant entendre, on reconnaîtra le ton particulier des conversations téléphoniques.
Phantom Signals
Au delà de ses qualités proprement musicales dont on ne peut probablement pas vraiment juger sur ce seul extrait, cette musique indiscrète souligne l’un des risques majeurs de la généralisation des nouvelles technologies : la fin de notre espace privé, fin que soulignent les difficultés que rencontrent actuellement les moteurs de recherche, je pense notamment à Google mais aussi à Yahoo! ou MSN, auquel le gouvernement américain demande de livrer des informations sur ses utilisateurs ou, plutôt, sur les recherches qu’ils font.
Tout aussi insolite, quoique plus prévisible, est l’utilisation du téléphone mobile et de ses sonneries comme instrument d’orchestre. C’est ce qu’ont fait trois compositeurs, Golan Levin, Scot Gibbons et Gregory Shaker dans Dialtones (a Telesymphony) que nous allons maintenant entendre. Le principe est assez simple : un programme informatique organise les appels des portables des 200 auditeurs du concert auxquels on a surtout demandé de ne pas éteindre leur mobile mais, plus simplement, d’éviter de répondre aux appels qu’ils pouvaient recevoir.
L’enregistrement de ce télésymphonie dont nous n’entendrons que le premier mouvement a été réalisé en Autriche en 2001.
Dialtones (a telesymphony)
Les rires que l’on entend au début de ce morceau ne doivent pas cacher ce qu’il peut y avoir d’original dans cette pièce qui amène les compositeurs non plus à écrire de la musique, mais un programme informatique. En ce sens, on est avec ces musiques, assez proche de ce que tentent de faire ceux qui s’intéressent à la composition automatique.
Beaucoup plus surprenant est le travail de Marek Choloniewski dans ce qu’il appelle le projet GPS. GPS, comme cette technologie que l’on utilise sur les voitures et qui les relie à des réseaux de satellites pour les guider.
Marek Chonoliewski est né en 1953. Il a mené une carrière classique de musicien contemporain, il a composé de la musique électronique, de la musique concrète, a fondé un studio, a organisé des concerts puis s’est lancé dans ce que l’on pourrait appeler l’art par téléphone. Une première oeuvre de 2000, des automobilistes se promènent dans Cracovie et envoient les sons de la ville à un studio de radio où le compositeur les transforment pour en faire une oeuvre aussitôt diffusée à l’antenne. L’utilisation du téléphone permet, naturellement, d’envisager des oeuvres complexes, associant des milieux très différents, la ville et la campagne, l’Europe, l’Asie, l’Amérique…
Ces premières expériences l’ont amené à ce qu’il appelle le GPS-Art. L’idée est la suivante : utiliser les technologies GPS pour construire des oeuvres qui se déplacent dans l’espace, non plus comme les mobiles de Calder, dans l’espace confiné d’une salle de musée, mais dans l’espace d’une ville.
Pour construire des oeuvres, il envoie des voitures faire le tour d’une ville, en général sa ville natale, Cracovie, leurs mouvements, leur vitesse sont repérés sur satellite, et ces données sont traduites en vocabulaire MIDI, MIDI est une norme utilisée par les informaticiens pour communiquer des informations musicales, sonores d’un ordinateur à l’autre. Ces données sont alorsutilisées pour créer en direct des oeuvres, comme Cathédrale dont je vous propose d’écouter deux extraits. La voix qu’on entend dans les deux cas est celle de Chonoliewski. S’il parle anglais, c’est que cette oeuvre a été réalisée simultanément à Cracovie et à Chicago, une ville qui a une importante colonie polonaise.
GPS-Trans 3
D’autres compositeurs ont tenté d’utiliser internet pour créer des oeuvres collectives, un peu à l’image de ce qui se fait dans le domaine du texte avec le Wiki. J’y reviendrai dans une prochaine émission. Je voudrais terminer celle-ci avec une oeuvre plus classique de Steve Reich, une oeuvre dans laquelle américain tente, un peu à l’image de ce qu’a pu faire Varese, de faire entrer le son de la modernité, de la ville et de ses usines dans les salles de concert : City life, une oeuvre de 1995 où se mêlent bruits de la ville et instruments de musique traditionnelle. Nous allons entendre le deuxième mouvement, Pile driver, qui fait allusion aux bruits d’un chantier, et, s’il nous reste un peu de temps, le suivant…
Ciity Life
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1 William Dickworth, Virtual mudic, How the web got wired for sound, Routledge, London, 2005